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Rabaska

1000 manifestants sur la Colline

Média matin

lundi 29 octobre 2007, par Anne-Marie Savoie

Le feu vert donné au projet Rabaska, mercredi, n’a pas refroidi les ardeurs des opposants, qui étaient plus de 1000, hier, devant l’Assemblée nationale, pour crier leur mécontentement au gouvernement Charest.

Une vingtaine d’organismes ont mis leurs efforts en commun pour scander haut et fort leur indignation de voir s’établir un port méthanier à Lévis. Greenpeace, plutôt absent du débat jusqu’à maintenant, s’est joint aux nombreux manifestants pour demander au gouvernement Charest de recommencer le processus d’examen du projet Rabaska de façon rigoureuse et objective.

« On exige qu’il soit soumis à la Commission de protection du territoire agricole et à la Régie de l’énergie. Pour aucune raison au monde une société ne doit accepter de se faire passer sur le corps comme le gouvernement du Québec est en train de faire sous l’influence de Paul Desmarais », a lancé Jocelyn Desjardins, de Greenpeace.

Ce dernier a mis en lumière les liens qui unissent la famille Desmarais aux libéraux et au consortium Gaz Métro, Enbridge et Gaz de France. L’aval du gouvernement, la semaine dernière, permettrait l’aboutissement de ce projet de 840 millions de dollars qui comprend la construction d’une jetée maritime, de deux réservoirs de gaz naturel liquéfié et d’un gazoduc de 42 kilomètres.

Un autre Suroît ?

Pour le directeur général du Conseil régional de l’environnement de Québec, Alexandre Turgeon, le gouvernement a tout simplement fermé les yeux devant les aspects négatifs de Rabaska.

« Pourtant, la Santé publique a dit non. Ils ont dit que le BAPE avait accepté, mais est-ce qu’ils ont lu toutes les conditions imposées pour que le projet soit acceptable ? On ne sait même pas si c’est justifié au point de vue énergétique. M. Charest, on vous dit non. Il faut reculer ! » clame M. Turgeon.

La coalition Québec-Kyoto qui était du combat pour contrer le projet de centrale électrique au gaz du Suroît n’entend pas regarder passer les méthaniers sur le fleuve dans quelques années. Aller de l’avant avec ce projet équivaut à sabrer dans les acquis du développement économique des 40 dernières années, croit Daniel Breton.

« On parle du pic pétrolier qui a été atteint et qui va faire grimper sans cesse les prix du mazout. Mais ce sera la même chose avec le gaz, nous allons devenir dépendants des fournisseurs au lieu de développer les nouvelles énergies et rester maîtres chez nous ! » regrette M. Breton, qui n’hésite pas à comparer la situation actuelle à l’ère duplessiste.

Selon lui, le Québec est une terre exceptionnelle pour le développement des énergies vertes et il sera grand temps d’aller de l’avant, croit-il.

Quelques politiciens étaient présents, hier après-midi, notamment le député de Vachon, Camil Bouchard, la députée de Taschereau, Agnès Maltais, et le candidat à la mairie et mordu de vélo, Pierre Bernier.

Mis à part un individu qui a sorti sa pancarte en appui à Rabaska, aucun contre-manifestant ne s’est présenté à l’Assemblée nationale.

Une situation « inacceptable »

« C’est inacceptable ! Comment un gouvernement peut-il faire passer des intérêts économiques avant la sécurité de ses citoyens ? » déplore la manifestante Anna Brandl. Comme plusieurs personnes rencontrées à la manifestation, hier, la résidente de l’île d’Orléans n’a pas l’intention de baisser les bras, malgré l’imminence du projet Rabaska. « Il y a une école primaire à proximité d’où circuleront les méthaniers. Tous les six jours, les enfants seront exposés aux risques qu’il y ait un accident. À Montréal, on sécurise les aqueducs en prévision d’une attaque terroriste et ici, on va construire un terminal méthanier ! C’est impensable ! » s’insuge Mme Brandl. Originaire de Beaumont, Myriam Pelletier a grandi à l’ombre des pylônes géants qui surplombent le fleuve jusqu’à l’île d’Orléans. Selon elle, plusieurs questions de sécurité ont été laissées en plan. « Qu’est-ce qui va arriver s’il y a un accident à côté des pylônes ? Est-ce que quelqu’un a évalué les conséquences ? Je ne pense pas. C’est très inquiétant », estime-t-elle.

Peu d’artistes engagés

Le comédien JiCi Lauzon était sur place, hier après-midi, en appui aux revendications des groupes écologistes. Il trouve désolant que la Commission de protection du territoire agricole ait été écartée du dossier, retirant ainsi le droit de parole des agriculteurs. « Je suis ici par solidarité avec les agriculteurs, mais aussi pour tous ceux qui, comme moi, en ont soupé des décrets et des bâillons, lance-t-il. Ce gouvernement gouverne par décrets et ça n’a aucun bon sens. Il y a un manque de vision pour l’avenir de l’agriculture et ses artisans », a commenté M. Lauzon, un peu déçu de voir que aussi peu d’artistes prennent part au débat. Seuls lui et Yves Lambert (ex-Bottine souriante) ont été aperçus à la manifestation.