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CONSTRUCTION DE LA CENTRALE À CYCLE COMBIMÉ DU SUROÎT

samedi 24 janvier 2004, par André Desrochers

Lettre ouverte
Rédigée par
André Desrochers,
Citoyen de Beauharnois, secteur Maple Grove

14 janvier 2004


INTRODUCTION

Tout semble se jouer tellement à un autre niveau « politique » inatteignable... Tout semble tellement déjà décidé... la région est carrément piégée...

Continuellement en dessous de la moyenne montérégienne en ce qui concerne presque tous les aspects, autant social, économique, éducatif que de santé en général, (Baisse démographique constante ; Revenus plus faibles ; Scolarité moindre ; Conditions de logement et d’emploi plus difficiles ; Marché du travail moins performant ; Sérieux vieillissement de la population) 12.5% de la population vivent de l’aide sociale dans la MRC de Beauharnois-Sallaberry, par rapport à 7% en Montérégie et 10,4% au Québec. La commission scolaire de la Vallée-des-Tisserands qui est actuellement en déficit de près de 5 millions de dollars, est la 11ième plus pauvre au Québec sur 70 et la deuxième plus démunie en Montérégie. Plus de 20% de la clientèle scolaire est classée EHDAA (Élève handicapé ou en difficulté d’adaptation et d’apprentissage) alors que la moyenne montérégienne est d’au plus 13%. Le cadeau de plusieurs centaines de milliers de dollars en échange de la construction de la centrale est pour le moins attirant, comme un fromage dans une trappe à souris...

Le territoire sur lequel Hydro-Québec veut installer sa nouvelle centrale n’a pas de résidents aussi à l’aise économiquement que dans le secteur de la ligne Hertel/Des Cantons. Étant une des régions les plus défavorisées du sud du Québec, avec des revenus par habitant bien en dessous de la moyenne montérégienne, des recours juridiques avec le coût astronomique qu’engendrerait les frais d’avocats seraient et sont impensables dans notre région, même collectivement. Nous nous en étions remis au BAPE et à son rapport qui disait clairement en conclusion :

« Pour cette raison et dans une perspective de développement durable, la commission ne peut souscrire à la mise en œuvre du projet. Elle considère que son autorisation devrait être conditionnelle à la démonstration claire qu’il ne compromet pas les engagements du Québec en regard du protocole de Kyoto. »

Or, Hydro-Québec et le gouvernement Charest viennent de nous présenter lors d’une conférence de presse à la sauvette (où le maire de Beauharnois signataire du protocole d’entente n’a pas été invité, voire même pas été informé...), un projet même pas terminé et sur lequel Hydro-Québec ne peut pas encore faire la démonstration claire qu’il ne compromet pas Kyoto. Après des demandes à ses représentants pour venir présenter à la région le nouveau concept et comment il atteint les objectifs demandés par le BAPE, Hydro-Québec affirme ne pas être en mesure de présenter encore le projet, qu’il n’est pas prêt.

Tout ce qu’il est en mesure de confirmer, c’est que l’entreprise d’État a choisi la technologie et le modèle de turbines (General Electric), alors que lors des audiences publiques le choix n’était pas encore fait. Un judicieux choix qui lui permet de « réduire » ses GES de ,8% sur l’ensemble du projet. Le tout accompagné de la garantie d’un petit parc Éolien. Un chausson avec ça ?...Toute une démonstration...

Il est clair que le gouvernement Charest et Hydro-Québec ont voulu se servir de la vague de froid actuelle et d’une ligne de transport défectueuse pour apprivoiser la population vis-à-vis des besoins « fictifs ». Tel que le précise l’UQCN dans son communiqué, le projet depuis les audiences publiques n’a aucunement changé, seul la justification l’est...

RÉEL BESOIN D’ÉNERGIE SUPLÉMENTAIRE ?

Hydro-Québec crie de tout côté qu’il y a un réel besoin et que si elle ne prend pas rapidement la place du marché, d’autres compétiteurs prendront les devants avec, peut-être, des sources de fabrication d’énergie plus polluantes. De l’autre côté, Environnement Canada, l’Association de climatologie du Québec et le Department of Energy des Etats-Unis écrivent partout qu’il y a une baisse de la demande, particulièrement en période hivernale (sauf lors des épisodes sibériens...), la saison la plus énergivore, pour tranquillement balancer vers l’été lors des canicules répétés dû au réchauffement de la planète.

Lors des audiences, Hydro-Québec insistait sur le fait qu’il fallait faire vite car les besoins étaient pour l’horizon 2005-2006. Or, en démarrant le projet immédiatement, la centrale serait prête dans 4 ans, en même temps que les autres barrages actuellement en construction ! Où est le réel besoin ? Pourquoi ce décret subitement ? Où est l’urgence réelle si les centrales démarrent en même temps dans 4 ans ? Pour acheter du combustible à gaz métropolitain parce qu’Hydro est en grande partie actionnaire et que ça lui assurera des dividendes ? Pour fournir les Etats-Unis sur le marché de la lucrative bourse énergitique ?

CONTRAT PATRIMONIAL VS ENERGIE DISPONIBLE

Par décret gouvernemental, Hydro-Québec à désormais l’obligation de produire et de réserver 165 Térawattheures pour le Québec à un tarif raisonnable, qui va d’ailleurs augmenter de 3% à deux reprises en 6 mois.

A 60% de sa capacité, le parc actuel de production d’Hydro-Québec est en mesure de produire un peu plus de 190twh. En 2001 le Québec a utilisé 151,9twh (bien que la Régie de l’énergie parle de 154,6twh dans son rapport, p. 10) sur les 194 et quelques twh produits.

D’après Hydro-Québec, la nécessité de construire la centrale du Suroît serait parce que l’on prévoit qu’en 2005 ou 2006 le Québec aurait une demande à lui seul de 165twh, c’est-à-dire le montant minimal exigé par le gouvernement présentement. Or les scénarios de construction d’Hydro-Québec parlent toujours en fonction d’une hausse de la demande. Pourtant, plusieurs intervenants nous l’ont démontré, la demande est à la baisse, surtout en hiver. Comment l’entreprise peut-elle justifier ces prévisions à la hausse, si tout le monde s’entend que le tout est à la baisse ? Si le manque d’électricité est presque uniquement dû aux agrandissements des alumineries, n’y aurait-il pas lieu de penser à des installations moins polluantes, moins coûteuses et uniquement à l’égard de leur besoin ? Si le manque d’électricité est prévu que pour 2-3 ans, n’y aurait-il pas moyens de mettre en place d’autres solutions qui polluerait moins, mais qui générerait autant de prospérité ? Si le manque est pour 2005-2006, pourquoi diable construire cette usine qui sera prête qu’en 2007-2008 ? ?

ECONOMIE D’ENERGIE

Lors des audiences publiques Hydro-Québec a affirmé qu’il espérait peu des mesures d’économie d’énergie. La Régie de l’énergie l’a déploré dans sa décision 2002-169 : « aucun nouveau programme d’efficacité énergétique spécifique n’a été développé par le Distributeur. » et ce depuis 1995. 2,000,000$ de dollars aurait dû être investi pour atteindre plus de 8tw heures d’économie tel que le demandait les objectifs de la Régie et les exigences du gouvernement. Or, seulement 350,000$ de cette somme ont été investis entre 1993 et 1995, et presque rien depuis, mais qui néanmoins ont réussi à aller chercher 2,5twh d’économie. N’aurions-nous pas lieu de croire qu’avec 2 millions de dollars réellement investis, nous aurions pu obtenir près du 8twh ? Aurions-nous besoin aujourd’hui, si besoin il y a, de la centrale du Suroît ?

Un seul exemple. La simple installation de thermostats électroniques dans la maison peu réduire de 6% à elle seule votre consommation en programmant la diminution d’un seul petit degré votre habitation la nuit. Une quarantaine de dollars chez les quincailleries. En encourageant l’ensemble de la population à se munir d’un tel système, non seulement les gens économisent de l’argent, mais en génèrent aussi pour toute la province. Car en réduisant notre consommation d’électricité, on en conserve plus pour les autres débouchés où Hydro peut aller la vendre plus cher et ainsi rapporter des dividendes supplémentaires à la société québécoise. Sans compter que nous participons à l’enrichissement collectif en créant et stabilisant des emplois chez ceux et celles qui fabriquent et distribuent les thermostats.

PROTOCOLE D’ENTENTE AVEC MRC ET BEAUHARNOIS

L’entente prévoit qu’en échange des sommes prévues, la ville et la MRC s’engagent à n’entreprendre aucune poursuite et aucune démarche contre Hydro-Québec pour les 25 prochaines années. Que se soit une explosion de gaz, une inondation, un épisode de smog étouffant, un incendie, un déversement de morpholine dans le canal de la voie maritime, peu importe l’accident, qu’il soit involontaire ou par négligence, il n’y aura aucun recours possible. Très rassurant... Qui va payer la facture et les dommages ? Encore les payeurs de taxes qui viennent de se voir hausser leur taux de 200$ par année depuis la fusion forcée de 2002...

CONCLUSION : la région est piégée

Hydro-Québec et le gouvernement nous ont pris au piège. Région fortement défavorisée ; terrain appartenant à Hydro-Québec ; des centaines d’emplois promis régionalement ; des millions d’argents à donner ; une croissance énergétique apparemment incontournable ; des besoins électriques qui dépasseraient l’obligation patrimoniale ; un cycle combiné avec gaz naturel créant des centaines de fois moins de gaz à effet de serre que les centrales au charbon et autres combustibles fossiles lourds ; un procédé dont il n’y a encore eu aucune catastrophe et aucune défaillance majeure sur la planète ; utilisation et rejet « responsable » dans les eaux de la voie maritime ; participation à l’augmentation de la richesse collective ; achat de gaz naturel à même une entreprise dont Hydro-Québec est actionnaire majoritaire ; comment diable une municipalité ou une région peut-elle se permettre de dire non à un projet promettant autant de prospérité ?

Pour des émanations de produits toxiques dans l’air n’équivalent même pas à une cigarette par jour ? Pour le rejet dans les eaux de la voie maritime, tout près de la conduite municipale, de morpholine dont on ne connaît aucun impact environnemental majeur ? Pour quelques épisodes de smog par années ? Pour quelques décibels de plus le long d’une courte partie de la piste cyclable ? Pour un peu de bruit supplémentaire de transport lourd pendant une courte période afin de permettre le passage des camions ? Pour sauvegarder quelques espèces de plantes et d’arbres extrêmement communs au Québec ? Pour protéger quelques mètres d’espaces pour des oiseaux de passage ? Pour conserver des habitats de nidification d’oiseaux migrateurs qui ont le reste du canal pour nicher ? Pour quelques buttes de terre contaminée que l’on peut désormais facilement décontaminer ? Ou pour une simple question d’émission d’un pauvre 3% de gaz à effet de serre ?

3% c’est 3% de trop.

CONCLUSION
Compte tenu que le protocole de Kyoto demande une baisse substantielle de l’émission des gaz à tous les pays signataires, peu importe leur taux d’émission de GES, et compte tenu que le Canada a ratifié cette entente internationale, à titre d’entreprise responsable et appartenant aux citoyens, Hydro-Québec se doit de faire mieux et surtout de n’augmenter sous aucun prétexte les GES. Participer à l’augmentation de ces gaz, volontairement et délibérément, est un affront à la logique et surtout aux autres nations signataires, est un acte presque criminel de la part d’une entreprise d’État.

On ne parle plus de l’avenir d’une région ou d’une municipalité, mais de l’avenir de la planète, de notre survie sur cette terre. Monsieur Charlebois, maire de Beauharnois, se réjouit de l’annonce des emplois créés et des sommes qui seront versées à la région. À quoi serviront les millions et les emplois monsieur le maire si nous n’avons plus d’atmosphère pour vivre ? Nos émissions de gaz à effet de serre sont en train de bouleverser le climat avec une rapidité non mesurable. La planète, elle, va survivre à ces modifications, comme elle l’a fait depuis plus de 4 milliards d’années. Mais l’être humain, lui, en sera-t-il capable ? Est-ce que nos enfants survivront à nos accumulations de gaz si nous ne faisons rien pour les réduire ?

Hydro-Québec nous appartient. Il est temps d’arrêter le cirque et de se faire entendre. Ça nous concerne tous. Il faut dire notre désapprobation. La démonstration d’Hydro-Québec n’est pas du tout claire et va à l’encontre des conclusions du BAPE compromettant non seulement les engagements du Québec en regard du protocole de Kyoto, mais l’avenir de notre planète.

André Desrochers
510, rue des Tulipes
Maple Grove, Qc, J6N 3T7
450-225-0074