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Des groupes écologistes opposés à la centrale thermique Suroît

mardi 20 janvier 2004


20 janvier 19h21

par Martin Croteau

QUÉBEC (Reuters) - Une coalition de cinq groupes écologistes est montée aux barricades mardi pour contester la mise en chantier de la centrale thermique Suroît et réclamer un droit de parole à la commission parlementaire qui doit se pencher, dès mercredi, sur le plan stratégique d’Hydro-Québec.

D’après son plan présenté en octobre, la société d’État prévoit dépenser 17,5 milliards$ d’ici cinq ans pour développer son réseau électrique Quelque 550 millions$ seront consacrés au controversé projet Suroît, à l’est de Montréal.

Les militants s’insurgent contre la décision de Québec d’aller de l’avant avec la centrale de 800 mégawatts, dont la construction prochaine a été confirmée il y a une semaine par le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad. Selon les données d’Hydro-Québec, la centrale émettra 2,25 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES).

"Comment le gouvernement peut-il aller de l’avant avec une centrale qui augmentera de 2.5% les émissions québécoises de GES alors qu’il n’a aucun plan pour respecter le Protocole de Kyoto, qui demande une réduction de 6% sous le niveau de 1990 ?", a commenté le président de l’Association québécoise de la lutte contre la pollution atmosphérique, André Belisle.

Celui-ci a également fait remarquer les liens étroits entre le gouvernement libéral, Hydro-Québec et Gaz Métropolitain. Le vice-président à la production d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, siège en effet au conseil d’administration du distributeur de gaz naturel, tandis que le chef de cabinet du premier ministre Jean Charest, Stéphane Bertrand, en a déjà été le vice-président.

"Le président d’Hydro-Québec, le président d’Hydro-Québec Production et le chef de cabinet du premier ministre viennent tous de Gaz Métropolitain. Je crois qu’ils ont une forme d’influence", a-t-il dit.

La nouvelle centrale thermique fera à elle seule augmenter de 20% les ventes annuelles de Gaz Métropolitain, le distributeur de gaz dont Hydro-Québec est le principal actionnaire. La compagnie affirme que cette augmentation permettra de réduire les tarifs.

"Gaz Métro est une société en commandite régie, et donc nos bénéfices sont régis. L’argent supplémentaire va nous permettre des baisses de tarifs de 4,3 à 4,5 millions$", une baisse d’environ 1%, a indiqué la porte-parole de l’entreprise, Stéphanie Trudeau.

Hydro-Québec affirme quant à elle avoir sélectionné le projet le plus viable sur le plan environnemental et s’est défendue de toute apparence de conflit d’intérêt.

"Il s’agit d’un excellent projet pour Hydro, d’un excellent projet pour Gaz Métro, et c’est un projet qui est nécessaire et qui a été approuvé par le gouvernement", a indiqué la porte-parole Élise Proulx.

La version originale du projet, mise de l’avant sous l’ancien gouvernement du Parti québécois, avait été rejetée par le Bureau d’audiences publiques sur l’Environnement (BAPE). En octobre, le ministre de l’Environnement Thomas Mulcair l’avait jugée "inacceptable sur le plan environnemental".

La version finale de la centrale émettra 8% de gaz à effet de serre de moins que prévu à l’origine.

L’un des plus importants exportateurs d’énergie en Amérique du Nord, Hydro-Québec dispose d’une capacité de production de 37.000 mégawatts, dont 98% provient de l’hydroélectricité.

(1$ US= 1,29$ canadien)