Québec
Le Grand Conseil des Cris oppose une fin de non-recevoir à l’appel de Mario Dumont à une multiplication des grands projets de développement hydroélectrique.
Des commentaires aussi « irresponsables » invitent à l’affrontement, estime le directeur général du Conseil, Bill Namagoose.
« Il y a bien plus d’électricité qui peut venir des mesures de conservation et de l’éolien qu’en dressant des barrages sur toutes les rivières du Québec, ajoute-t-il. Il y a des limites à ce qu’on peut faire à l’environnement et à la culture des gens. »
Le directeur du Grand Conseil rappelle que la Paix des Braves conclue entre Québec et les Cris s’appuie sur « une nouvelle relation, basée sur la coopération et le respect mutuel ». Tous les développements en territoire cri, que ce soit dans l’hydroélectricité, les mines ou la foresterie, « requièrent le consentement et la collaboration des Cris », a souligné M. Namagoose.
Or, le Grand Conseil n’aurait aucun mandat pour ouvrir des pourparlers sur de nouveaux grands chantiers. Son directeur rappelle d’ailleurs que le dernier mégaprojet approuvé, la dérivation de la rivière Rupert, est loin de faire l’unanimité chez les Cris. Impossible donc de penser à de nouveaux projets de cette ampleur, dit-il. Le Grand Conseil s’oppose aussi catégoriquement au projet Grande-Baleine.
Bill Namagoose insiste : si Mario Dumont veut vendre de l’électricité aux Américains, il devra plutôt miser sur les économies d’énergie. « Si vous voulez faire un développement irresponsable, vous allez rencontrer des problèmes pas seulement avec les Cris, mais avec tout le monde », conclut-il.
C’est en lever de rideau d’un conseil général où l’ADQ s’est donné un plan vert que Mario Dumont, évoquant les grands chantiers nordiques du passé, a lancé dimanche un vibrant appel à redonner au Québec « la fibre des bâtisseurs ».
« Il ne devrait pas y avoir, dans notre développement hydroélectrique, d’autres limites que notre capacité de construire », a-t-il lancé. Le chef adéquiste n’a cependant nommé aucun projet précis et a déclaré que le Québec devait prendre cette voie tout en devenant un leader nord-américain dans le respect de Kyoto et dans l’efficacité énergétique. Il a aussi noté que les nouveaux projets devront respecter les exigences du BAPE.
En précisant aussi que l’environnement ne doit pas être un frein au « rattrapage économique » dont le Québec a besoin, Mario Dumont n’a pas effarouché le leader écologiste Steven Guilbeault, porte-parole d’Équiterre, invité en fin de semaine à s’adresser aux militants adéquistes.
« Je suis de ceux qui pensent qu’économie et environnemement ne sont pas en opposition, qu’on peut être une société prospère tout en étant une société qui respecte de plus en plus l’environnement, disait-il hier. Pour moi, il n’y a pas d’incompatibilité. »
M. Guilbeault, selon qui le plan adopté par le gouvernement Charest demeure le meilleur programme en vigueur sur le continent, refuse de noter la nouvelle plateforme de l’ADQ. Il y voit cependant « un début ». « Il y a des choses très intéressantes dans ce qu’a proposé l’ADQ. L’emphase sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, le transport en commun. On est prêts à donner la chance au coureur, regarder ce qu’ils vont faire au cours des prochains mois. Ce qui est particulièrement intéressant au Québec, c’est qu’il n’y a plus de débat sur Kyoto. On est dans le comment. »
La Coalition Québec Vert Kyoto est moins généreuse envers le plan adéquiste. « Je me demandais si c’est un plan de concombre ou un plan de maïs, mais ce n’est certainement pas un plan vert », lance André Bélisle. « Samedi, (au conseil de l’ADQ), on a fait l’énumération de mesures très intéressantes et on commençait à avoir l’eau à la bouche. Mais M. Dumont est venu éteindre ces espoirs dimanche. »