vendredi 1er octobre 2004, par Daniel Breton
Je tiens à répondre à votre éditorial sur le dossier du Suroît afin de rectifier certains faits.
D’abord, vous ne pourrez pas blâmer les gens de douter de la parole des représentants d’Hydro-Québec puisqu’ils ont, comme vous le dites vous même, manqué de transparence en de nombreuses occasions.
La théorie des "commentateurs" qui accusent Hydro-Québec de manipuler des chiffres - que vous invoquez en affirmant que ça ne tient pas debout - n’est pas la nôtre. Ce que nous affirmons, c’est qu’il est difficile de ne pas croire qu’Hydro-Québec n’avait pas un plan caché après avoir entendu ses dirigeants changer 5 FOIS ( !) de raisons au fil des mois afin de justifier le projet du Suroît.
Vous avez raison de dire qu’il faut pas tout mettre le tort sur le dos d’Hydro-Québec. Les deux derniers gouvernements ont aussi leur part de responsabilité dans le dossier. D’abord en ayant exigé des profits toujours plus élevés de la société Hydro-Québec pour boucler leur propre budget, ce qui a contribué à gérer de plus en plus à court terme. Il est clair que, pour ces deux gouvernements, Hydro-Québec a été une des principales vaches à lait et que la vision à plus long terme en a souffert. . Par ailleurs, il y a déjà eu un Plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre québécois. Qu’en ont fait les gouvernements québécois ? Rien, il n’y en a plus. Il n’est pas du tout étonnant de lire dans votre journal qu’en matière de pollution le Canada a un dossier peu reluisant et c’est la même chose pour le Québec. On pourrait résumer les politiques des deux paliers de gouvernements par : "Grands parleurs, petits faiseurs"
Cependant, le Rapport de la table de consultation du débat public sur l’énergie « Pour un Québec efficace » de 1996 a fourni le cadre d’une stratégie de développement énergétique établie en collaboration avec les gens des milieux écologistes, industriels, syndicaux, gouvernementaux et Hydro-Québec. Et qu’en a fait la direction d’Hydro-Québec ? Rien !
Si Hydro-Québec et les gouvernements avaient suivi les recommandations du Rapport - auxquelles ils avaient eux-mêmes souscrit - nous ne serions pas dans la situation actuelle. Je vous invite d’ailleurs à relire ce Rapport.
Il avait été établi que nous devions favoriser le développement des énergies vertes, l’économie d’énergie et l’efficacité énergétique, or aucune de ces mesures n’a été favorisée, au contraire. Lorsque l’Agence d’efficacité énergétique a été mise sur pied, on lui a octroyé un budget de $120 millions mais à l’arrivée de M. André Caillé il a été réduit à $12 millions. Ce budget est tellement ridiculement bas que cette agence n’a pas eu les moyens de déposer un mémoire aux audiences de la Régie de l’énergie ce printemps ! Et après ça, M. Caillé osera prétendre que Hydro-Québec favorise l’efficacité énergétique !
Pour ce qui est des pénuries anticipées, il est remarquable d’avoir entendu les dirigeants d’Hydro-Québec ne donner qu’une seule solution : le gaz naturel. Devrions-nous croire que les solutions plus vertes qui fonctionnent ailleurs dans le monde ne s’appliquent pas ici ? Il est clair qu’elles fonctionneraient, mais pour que ce soit le cas encore faut-il être ouverts à ces solutions.
Il y a effectivement eu un moratoire sur la construction de barrages. Mais ce moratoire n’a été qu’au sujet des mini-centrales, les petits barrages privés. Et ces projets ne produisant que peu d’électricité, ce n’est pas elles qui auraient réglé le problème.
De plus, je voudrais vous rappeler qu’il n’y pas que les "écolos" qui se sont opposé à la construction du Suroît. Il y a des étudiants, des médecins, des gens d’affaires et même Gaz Métropolitain n’était pas chaud.
Nous vous soumettons qu’en mai 2004, les témoignages présentés à la Régie de l’énergie dans le cadre de l’Avis sur la sécurité énergétique ont bien établi qu’il y a du rattrapage à faire en efficacité énergétique et que le Québec a un grand potentiel pour la production éolienne. Pour nous il faut maintenant privilégier ces solutions avant même l’hydroélectricité et surtout sans le recours aux centrales au gaz naturel.
Nous ne sommes pas contre la construction de barrages hydro-électriques. Nous pensons que le recours aux énergies vertes comme l’éolien, la géothermie et le solaire associés à la conservation et à l’efficacité énergétiques, couplés à la production hydroélectrique représente la meilleure stratégie pour notre avenir énergétique, environnemental et économique. Nous préférons ces solutions qui ont été avalisées par tous les grands acteurs du Québec, mais dans les cas des barrages, les projets doivent être examinés au mérite, car hormis l’aspect écologique, il y a d’importants aspects sociaux et économiques à considérer
Ce que nous demandons surtout c’est de ne pas hypothéquer les générations futures pour un profit immédiat ; nous demandons au gouvernement et à Hydro-Québec de ne pas pelleter les problèmes en avant. Nous ne demandons que de la gestion RESPONSABLE. Cela ne vous semble-t-il pas raisonnable ?
Nous sommes tous fiers de ce qu’Hydro-Québec a accompli depuis ses débuts. Mais, rendus au 21e siècle, les modes de gestion, de leadership et de vision du 20e siècle sont dépassés. Et la direction actuelle d’Hydro-Québec en est malheureusement encore là.
Le dossier du Suroît n’en est qu’un parmi une quantité grandissante de projets en lien avec la filière thermique et gazière que nous voyons s’établir en catimini et insidieusement au Québec. Pour nous, il faut arrêter cette nouvelle direction qu’est en train de prendre Hydro-Québec car elle va exactement dans le sens contraire de la lutte aux changements climatiques et des vœux de la population, confirmés par de nombreux sondages : le vrai sujet de tout ce débat est le réchauffement de la planète, il ne faut surtout pas l’oublier.
Daniel Breton
porte-parole
Coalition Québec-Vert-Kyoto
www.quebec-vert-kyoto.org