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En réponse à M. Pratte

Après son éditorial "La phobie du gaz"

jeudi 20 septembre 2007, par André Bélisle, Daniel Breton, Yves St-Laurent


Bonjour M.Pratte,

Le 14 septembre dernier, vous avez écrit un éditorial intitulé "La phobie du gaz".

Nous aimerions y répondre.

Vous affirmez que le projet du Suroît et les terminaux méthaniers n’ont rien à voir. « Dans le cas du Suroît, il s’agissait de produire de l’électricité avec du gaz naturel plutôt qu’avec de l’eau ; le gaz naturel était, d’un point de vue environnemental, évidemment moins avantageux que les centrales hydroélectriques. »

Mais vous vous étiez prononcé en faveur du Suroît, en 2004 ! À cette époque, vous affirmiez que le Suroît avait pour but d’assurer la sécurité énergétique du Québec. Les promoteurs disaient que nous allions manquer d’énergie, et ça ne s’est pas produit.

Un autre argument était que les moyens plus verts de produire de l’électricité étaient trop chers. Mais l’énergie qui coûte le plus cher aujourd’hui vient de la centrale au gaz naturel de Bécancour ! Entre 2004 et sa mise en service, le prix de son électricité est passé de 6 cents du Kwh à 10,5 cents, une augmentation de 75% due au prix du gaz naturel, beaucoup plus cher que l’éolien.

Qui était un des supporteurs de Bécancour ? Gaz Métro. Voici ce que le président de Gaz Métro d’alors nous expliquait sur ce projet : « Le gaz est un passage obligé, estime Robert Tessier (président de Gaz Métro) qui croit que les impacts sur l’économie du Québec seront très douloureux, si le projet de Bécancour ne se réalise pas. » (La Presse, 20 mai 2004 ).

Trois ans plus tard, c’est sa réalisation qui a des impacts douloureux sur l’économie du Québec !

C’est pourquoi nous sommes sceptiques lorsque des vendeurs de gaz naturel s’expriment. Même Hydro-Québec admet l’avoir échappé belle avec le Suroît.

Passons maintenant à l’essence de votre éditorial, qui reprend l’argument de l’actuelle présidente de Gaz Métro, Mme Sophie Brochu. Selon vous, les projets de terminaux méthaniers feront baisser le prix du gaz naturel de sorte que des entreprises passeraient du mazout au gaz. En effet, le gaz naturel est moins polluant que le mazout lourd mais absolument rien ne nous garantit que ce prix baissera puisqu’il dépend de nombreux facteurs mondiaux, tout comme le pétrole. De plus, présentement, le gaz est en compétition autant avec l’électricité qu’avec le mazout. Et Gaz Métro insiste auprès de la Régie de l’énergie du Québec pour que les prix d’Hydro-Québec soient majorés afin de rendre le gaz plus compétitif…

Si vous aviez bien lu nos arguments, vous auriez découvert que nous demandons un moratoire sur la construction des ports méthaniers au Québec, le temps que le gouvernement du Québec présente une stratégie énergétique cohérente vers l’atteinte des objectifs du protocole de Kyoto. Nous considérons que sans plafond d’émission de CO2, sans politique spécifique pour favoriser la conversion du mazout vers le gaz naturel, il est plus qu’hypothétique que celle-ci se fasse.

Se fier aux seules lois du marché a mené la planète dans cette impasse climatique et c’est précisément le pragmatisme écologique qui nous fait dire qu’avant de s’engager dans la voie du gaz naturel, il faut s’assurer qu’on prenne la bonne décision d’un point de vue écologique et économique.

Certains lobbies, comme Yves Rabeau de l’Institut économique de Montréal et la Fédération des chambres de commerce du Québec, nous traitent démagogiquement d’immobilistes. En fait, nous pensons avant d’agir. On aurait dû le faire avec Bécancour, faisons-le avec les ports méthaniers.

Affirmer que le 22 septembre, nous ne marcherons pas pour Kyoto mais pour le mazout est faux et n’est pas digne de vous, ni de Mme Brochu.

Daniel Breton, Coalition Québec-Vert-Kyoto
André Bélisle, AQLPA
Yves St-Laurent, Rabat-Joie