La Presse Affaires, mercredi 17 mars 2004, p. LA PRESSE AFFAIRES6
jeudi 18 mars 2004, par Charles Côté
Québec - À trois mois de la fin de l’appel d’offres d’Hydro-Québec pour la production éolienne en Gaspésie, la course se resserre autour de trois fournisseurs de turbines, mais personne ne sait encore où passeront les nouvelles lignes de haute tension, ce qui complique passablement le travail des soumissionnaires.
C’est ce qui est ressorti hier des échanges au colloque sur l’énergie éolienne organisé par l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER).
Les promoteurs ont arpenté la péninsule gaspésienne pour mesurer les vents, ils ont forgé des alliances, échafaudé leur financement, mais ils ne savent pas s’ils ont choisi le bon gisement. La proximité des lignes de transport est déterminante dans le coût de l’énergie éolienne.
" On est dans le noir et on prie, a résumé Gilles Lefrançois, d’Innergex, l’un des futurs soumissionnaires. On sait qu’Hydro va construire un réseau mais on ne sait pas où. "
Hier, le représentant d’Hydro-Québec, Roger Lanoue, a affirmé qu’aucune nouvelle information ne serait communiquée à cet égard avant la date de clôture de l’appel d’offres, le 15 juin.
Cet appel d’offres vise l’installation d’ici 2010 de 1000 MW de puissance éolienne en Gaspésie, au coût estimé de 1,7 milliard de dollars, avec des exigences de contenu local afin de créer une industrie de fabrication.
Malgré les difficultés, l’appel d’offres suscite toujours un grand intérêt. Les propositions devraient venir de consortiums regroupés autours de trois grands fournisseurs de turbines : Gamesa d’Espagne, Vesta du Danemark, qui vient d’avaler son concurrent NEG-Micon, et GE, des États-Unis. Pour chacun de ces groupes, il s’agit d’établir une première usine pour desservir tout l’est du continent.
Selon les observateurs, il y aurait de la place pour deux fabricants, mais probablement pas trois. Les éoliennes sont de plus en plus puissantes, alors il faut moins d’usines pour remplir la commande. Depuis l’installation du parc le Nordais à Cap-Chat, la puissance moyenne des éoliennes installées dans le monde a plus que doublé. Elle dépassait 1500 MW en 2003.
En contraste avec l’enthousiasme déclaré des promoteurs, le fiasco de la Gaspésia a plané brièvement sur la réunion. " Jusqu’à quel point la productivité de nos chantiers va être normale ? On ne le sait pas ", a indiqué M. Lefrançois.
Cependant, les participants ont eu droit à des présentations passionnées de la part de représentants locaux qui comptent sur les centaines d’emplois qui pourraient être créés. " Vous allez connaître des gens intègres, sincères, travaillants, qui aiment la nature et qui sont capables de s’intégrer aux nouvelles technologies ", a lancé le maire de Mont-Louis, Paul Bernatchez.
Par ailleurs, l’industrie a reçu des encouragements timides aujourd’hui du ministre de l’Énergie, Sam Hamad, qui a annoncé le début des travaux sur l’établissement d’une carte détaillée de la ressource éolienne partout au Québec. Cela pourrait prendre de six à huit mois.
" On s’en doutait, mais c’est la première fois que le ministère des Ressources naturelles confirme officiellement son intention d’étudier l’énergie éolienne au-delà des 1000 MW de la Gaspésie ", a observé le consultant Richard Legault, d’Hélimax.
À savoir si Québec pourrait annoncer rapidement une accélération du développement éolien, M. Hamad a indiqué qu’il n’avait pas pour le moment toutes les données en mains. " Nous devons connaître le potentiel de toutes nos régions avant de prendre nos décisions ", a-t-il affirmé.
Hier, La Presse rapportait qu’un ancien expert d’Hydro-Québec, Jacques Fontaine, estimait que Québec pouvait se passer de la filière thermique en quadruplant l’effort pour atteindre 4000 MW en 2010.
Les experts présents au colloque affirmaient que c’était possible à réaliser, pour autant que le gouvernement envoie les bons signaux rapidement. " Oui, c’est possible, affirme Guy Painchaud, de la firme GPCo. La ressource est là, mais il faut étendre le développement à d’autres régions, parce que, sinon, la Gaspésie va faire une indigestion ! "