Vous êtes ici : Accueil du site > Revue de presse > Articles de presse > GILBERT LAVOIE : Rabaska, le syndrome du Suroît

Le Soleil

GILBERT LAVOIE : Rabaska, le syndrome du Suroît

jeudi 27 septembre 2007, par Gilbert Lavoie


Jean Charest n’a pas l’habitude de rencontrer les journalistes à la fin du Conseil des ministres. Mais hier n’était pas une journée comme les autres : avec un sondage aussi dur que le CROP, le chef libéral a senti le besoin d’affirmer sa présence. Il a rencontré la presse en compagnie de sa femme.

N’eût été de ce sondage, le gouvernement aurait peut-être donné tout de suite son accord au projet Rabaska. En principe, toutes les cartes sont en place pour un tel accord. Le BAPE a donné le feu vert, des ministres importants, comme Philippe Couillard et Laurent Lessard, ont manifesté leur appui, tout comme les députés adéquistes de la Rive-Sud. Même le PQ refuse de faire la lutte aux côtés des adversaires du projet. Samedi dernier, le critique péquiste en environnement, Camil Bouchard, a décliné l’invitation de la Coalition Québec vert Kyoto, qui souhaitait sa présence à la manifestation contre les ports méthaniers. M. Bouchard a prétexté qu’il n’avait pas le temps parce qu’il se préparait à partir en Europe. Le PQ n’a délégué personne à cette manifestation. Dans les rangs souverainistes, seul le bloquiste Bernard Bigras y a participé, aux côtés de la nouvelle vedette du NPD, Thomas Mulcair. C’est écrit dans le ciel, le PQ ne s’objecte pas à Rabaska, même s’il exige au préalable une étude sur les besoins en gaz naturel du Québec.

Malgré tout, le gouvernement Charest a décidé d’attendre, afin d’avoir plus de cartes en main pour justifier sa décision. C’est le syndrome du Suroît : la hantise de commettre une autre bévue.

Mais il y a plus encore : pour autoriser Rabaska, le gouvernement devra vraisemblablement désaisir la Commission de protection du territoire agricole de ce dossier.

La semaine dernière, la CPTA a refusé de dézoner les terrains convoités par le promoteur et exigé qu’on lui fasse la preuve qu’il n’y a pas d’autres terrains ailleurs. Or, peu importe la décision finale de la Commission, cette décision pourra être portée en appel au Tribunal administratif du Québec, à la Cour du Québec, en révision judiciaire à la Cour supérieure et à la Cour d’appel. Un processus incontournable qui prendrait des années.

« Vous avez tout compris », a répondu hier un ministre lorsqu’on lui a soumis les dangers de laisser ce dossier entre les mains de la CPTA.

Pour éviter ce scénario, le gouvernement pourrait se prévaloir de l’article 66 de la loi de la CPTA, qui lui permet d’autoriser un projet, après avoir pris avis de la Commission. La décision gouvernementale serait alors immédiate et sans appel.

Mais il s’agit d’une procédure rarement utilisée et beaucoup plus risquée politiquement.

Le gouvernement Charest y va donc avec des gants blancs et cherchera à assortir sa décision de garanties environnementales bien documentées. La réaction est compréhensible, mais elle contraste avec le désir exprimé hier par le ministre Jean-Marc Fournier, en réaction à la baisse dramatique des libéraux dans les sondages : « Très clairement, les citoyens nous demandent de passer à l’action », a déclaré M. Fournier. Allo l’action !

Vive la procrastination, dirait l’autre.

La réalité, c’est que ce gouvernement s’est tellement brûlé les ailes avec des décisions improvisées qu’il semble paralysé dans ses hésitations, même lorsqu’il a raison de se faire attendre.

Ses députés des banquettes arrière commencent à claquer des talons...

On comprend que Jean Charest soit sorti hier du cabinet au côté de Michou, sa femme. Il est des situations où même le premier ministre a besoin d’encouragements.