mardi 17 février 2004, par Olivier Ménard
La société d’état Hydro-Québec semble cacher de nombreuses informations vitales pour le projet de la centrale du Suroît dont la clarté est essentielle. Je ne suis ni journaliste ni enquêteur, mais j’ai de forts doutes quant à l’honnêteté des dirigeants d’Hydro-Québec, notamment le président d’Hydro-Québec Productions, M. Thierry Vandal. Dans sa lettre au Devoir, édition du 3 février 2004, M. Vandal explique que le BAPE a accepté la justification du projet du Suroît (et non le projet lui-même) à l’automne 2002, alors qu’il n’en est pas ainsi.
Voici un extrait de sa lettre :
"Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a mené à l’automne 2002 les audiences publiques sur ce projet. Toutes les parties intéressées ont été entendues par les commissaires. En février dernier, la commission rendait publiques ses recommandations. Parmi ses conclusions, la commission acceptait la justification du projet. Elle reconnaissait notamment :
« qu’à défaut d’une nouvelle capacité de production en 2006 la marge de manoeuvre d’Hydro-Québec pour répondre [aux besoins futurs du] marché québécois, serait réduite jusqu’à la concrétisation des projets hydroélectriques à l’étude ou annoncés ». (Rapport du BAPE, page 26.)
« qu’un tel projet s’inscrit favorablement dans le contexte de développement énergétique en Amérique du Nord. En effet, dans la pire des hypothèses, il concurrencerait des projets de même nature à l’extérieur du Québec ». (Idem, page 97.)"
M. Vandal a omis volontairement un paragraphe d’une importance capitale à la conclusion du BAPE, que je vous transcris ici :
"Toutefois, la commission constate que le projet augmenterait de façon substantielle les émissions de gaz à effet de serre au Québec et que ces émissions pourraient compromettre la démarche du Québec et réduire sa marge de manœuvre face au protocole de Kyoto. Pour cette raison et dans une perspective de développement durable, la commission ne peut souscrire à la mise en œuvre du projet."
Cet extrait est disponible sur le site Internet du BAPE à l’adresse suivante : http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/archives/suroit/
Cela change toute l’affaire. Si ce n’est pas de la désinformation, je me demande bien ce que c’est. Hydro-Québec semble tenir au Suroît comme si son avenir en dépendait. M. Vandal a clairement exprimé à la télévision de Radio-Canada que le fait que la ville de Beauharnois avait remis à une date ultérieure le vote sur le changement de zonage n’était qu’un mince retard dans la construction de la centrale. Il est donc convaincu de l’assentiment total du maire, M. Charlebois, et de ses conseillers municipaux pour le changement de zonage. Les questions qu’ils ont formulées à Hydro-Québec étaient plus que pertinentes. Mais leur réponse risque d’être aussi évasive que celle de M. Vandal dans le Devoir. J’invite donc le BAPE à se prononcer sur ce sujet. Surtout en ce qui concerne la récente décision d’Hydro-Québec de vouloir donner d’importantes parts de la centrale à l’entreprise privée américaine General Electric. La voix de la population québécoise semble être ignorée par une société d’état censée nous appartenir. Vous pouvez vous imaginer ce que fera de notre opinion l’entreprise General Electric... L’attitude antidémocratique d’Hydro-Québec et du gouvernement Charest a assez duré !
Afin d’appuyer la manifestation de samedi, le 7 février 2004 à 13h00, à Québec (informations : http://quebec-vert-kyoto.org/article.php3 ?id_article=46), j’invite la population québécoise à réduire au maximum la consommation d’électricité à cette date, pour la durée de la manifestation, soit entre 13h00 et 15h30. J’en fais la demande surtout pour ceux qui ne pourront y être. Évitez d’utiliser les électroménagers et les ordinateurs, et baissez les thermostats et fermez les lumières dans les pièces que personne n’occupera. Ces quelques gestes semblent anodins, mais si l’ensemble de la population s’y met, cela aura un impact positif pour la cause de l’environnement. Hydro-Québec ne pourra plus brandir le spectre de la pénurie d’électricité pour justifier la construction de la centrale. Il ne faut pas s’arrêter à samedi le 7 février. Si chaque samedi, voire chaque jour, tout le monde fait sa petite part, il y aura une différence, non seulement pour les justifications d’Hydro-Québec, mais également sur notre compte d’électricité !
Enfin, vous pouvez également consulter le site Internet du gouvernement du Canada à propos des subventions pour réduire la consommation d’électricité, nommément « Énerguide », à l’adresse suivante : http://oee.nrcan.gc.ca/houses-maisons/ ; moins la population québécoise consommera d’électricité, moins cela coûtera cher au bout de la ligne, autant pour l’environnement que pour l’économie.
En vous souhaitant un monde meilleur,