Victoriaville
Mario Dumont n’a pas tardé hier à mettre en perspective le plan vert adopté la veille par son parti, en livrant en lever de rideau d’un conseil général consacré à l’environnement un vibrant plaidoyer pour la réalisation de grands projets de développement économique.
Même si un gouvernement adéquiste souscrirait aux cibles de Kyoto et aspirerait à cet égard à un rôle de leader en Amérique du Nord, a-t-il noté, l’environnement ne doit pas pour autant servir « de frein ou de prétexte » pour ne rien faire ou « reporter à l’infini » des projets, avertit le chef de l’ADQ.
« On a parlé d’environnement en fin de semaine. On a dû le faire, on va devoir continuer à le faire, en gardant à l’esprit une donnée importante, c’est que le Québec doit réaliser le défi environnemental tout en faisant son rattrapage économique. On ne peut pas partir avec l’idée que l’environnement va être un frein à notre économie, un facteur de ralentissement, parce que notre besoin au Québec, quand on regarde l’état de nos finances publiques, de notre économie, quand on fait des comparatifs avec nos voisins, c’est de vivre en même temps un rattrapage économique. »
L’ADQ veut redonner au Québec la « fibre des bâtisseurs », a ajouté son chef, qui presse Jean Charest de mettre « le pied sur l’accélérateur » pour multiplier les grands projets de barrages. « Il ne devrait pas y avoir, dans notre développement hydroélectrique, d’autres limites que notre capacité de construire », a-t-il insisté. Mario Dumont demande aussi à Pauline Marois de l’appuyer. Il y verrait un « acte de contrition » du PQ, qu’il accuse d’avoir paralysé pour une décennie le développement hydroélectrique, générateur d’une énergie propre.
Par la faute de « gaffes politiques, de dépassements de coûts honteux et de mensonges faits à la population », lance encore Mario Dumont, les Québécois se méfient des grands projets. « Ce qui fait que parfois, quand on parle de réaliser des choses ambitieuses, on a l’impression d’être paralysés, d’avoir les pieds dans le ciment. »
En conférence de presse, le chef adéquiste a nuancé son plaidoyer pour les grands projets hydroélectriques. « Je pense que tout le monde comprend que, quand je m’exprime, je prends pour acquis les processus existants, notamment le BAPE. On ne réalise plus au Québec et on ne réalisera plus des projets n’importe comment, sans en faire une analyse environnementale rigoureuse. »
Le chef de l’ADQ n’entend d’ailleurs pas faire obstacle à Rabaska, rappelant que le BAPE a donné le feu vert aux deux projets de ports méthaniers. Il en appelle à ce sujet à l’adoption d’une politique de conversion du mazout au gaz naturel dans les industries et les institutions publiques. Or, le gouvernement Charest confirmera ce matin qu’il consacrera 25 millions $ de son plan vert à un tel programme, ce qui devrait ouvrir la voie à un feu vert imminent à Rabaska. Québec fera valoir que la réduction d’émissions de GES résultant du nouveau programme annulera largement les hausses d’émissions attribuables aux ports méthaniers.
Tarifs d’électricité
Et même si l’ADQ flirte en ce moment avec l’ex-pdg d’Hydro, André Caillé, M. Dumont a pris ses distances des appels de ce dernier à un vaste redressement des tarifs d’électricité. L’ADQ ne veut pas de gels des tarifs, mais elle souscrit aux hausses modérées approuvées par la Régie de l’énergie. « Non à des augmentations brutales, radicales », précise M. Dumont.
Les militants adéquistes ont adopté samedi un plan vert de plus d’une vingtaine de mesures qui vise notamment à rattraper le retard du Québec sur les objectifs de Kyoto. Les discussions se sont poursuivies hier sur quelques propositions. Les militants ont ainsi rejeté l’idée de créer une sorte de police verte, les « gardiens verts », jugeant notamment qu’il était inutile d’ajouter une structure au ministère de l’Environnement. Ils ont aussi passé à la trappe la proposition de compléter l’autoroute 35, de Saint-Jean vers le Vermont. « Je vois mal ce que la construction d’une autoroute vient faire dans la philosophie du week-end », a résumé un militant.