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Le Devoir

La géothermie, l’inconnue la plus rentable

Louis-Gilles Francoeur, Édition du samedi 14 et du dimanche 15 août 2004

mercredi 8 septembre 2004, par Louis-Gilles Francoeur

Chauffer sa demeure sans réchauffer la planète, c’est possible, grâce à la chaleur de la terre, même en hiver. Les immenses possibilités de la géothermie sont encore méconnues au Québec.

Deuxième d’une série de trois articles sur les énergies nouvelles


Québec pourrait faire l’économie du Suroît si, par un financement approprié, il stimulait l’installation de chauffage géothermique dans 23 000 des 25 000 nouvelles résidences qui se construisent annuellement depuis quelque temps, affirme Bruno Hébert, président de la Corporation des entreprises en traitement de l’air et du froid (CETAF).

Pourtant, dans son récent avis, la Régie de l’énergie n’a pas consacré un seul chapitre à cette filière malgré la preuve technique déposée par la CETAF devant elle. Dans une province où on croit dur comme fer que les bas coûts de l’électricité empêchent le recours à une filière aussi novatrice, on aura un choc en apprenant que le Manitoba, la province dont l’électricité est la moins chère du continent — moins chère encore que celle d’Hydro-Québec —, vient de lancer un programme de construction de 13 000 unités de chauffage géothermique, l’équivalent en énergie de la centrale au gaz de Bécancour. Sans un iota de gaz à effet de serre !

Une recherche réalisée en 1999 pour le ministère fédéral des Ressources naturelles par la société Caneta concluait que les équipements de géothermie sont disponibles partout au Canada et qu’il « n’y a aucune autre technologie de climatisation-chauffage, accessible financièrement, qui peut prétendre avoir des effets aussi concrets et efficaces sur le problème des émissions de gaz à effet de serre ». Pourtant, même s’il y a 700 000 systèmes installés présentement dans le monde, au Canada, il s’en installe seulement 3000 par année et au Québec, où le chauffage constitue pourtant l’essentiel de la facture d’énergie, on parle de 250 à 300 unités par année. En Suède, par contre, et en raison précisément de la facture annuelle du froid, on a installé, uniquement en 2001, quelque 27 000 unités, soit dans la quasi-totalité des nouvelles maisons. Plus que l’équivalent du Suroît, en un an !

Méconnue, mais rentable

Mais qu’est-ce qu’un chauffage géothermique, cette perle énergétique méconnue et pourtant si rentable ? C’est un système qui utilise l’inépuisable chaleur du sous-sol terrestre, renouvelée en permanence par le noyau en fusion de la planète. Cette chaleur est disponible même en hiver sous la ligne de gel, soit en dessous de 1,75 m de profondeur, ce qu’on voit lorsqu’une pelle mécanique extrait en hiver de la terre qui fume parce qu’elle est beaucoup plus chaude que l’air extérieur.

La géothermie utilise les mêmes principes que ceux éprouvés depuis des générations dans n’importe quel réfrigérateur ou dans les nouvelles pompes à chaleur, qui extraient du froid de l’air ambiant en été et de la chaleur en hiver mais de moins en moins au fur et à mesure que le thermomètre descend. Ce qui explique d’ailleurs que les pompes à chaleur ne sont plus utiles sur le plan énergétique quand Hydro-Québec fait face aux pics hivernaux de la demande. Mais dans le sol, quel que soit le froid extérieur, la température se maintient autour de sept degrés centigrades.

Dans une pompe à chaleur, qui fonctionne à l’air libre ou dans le sous-sol, le liquide réfrigérant est compressé pour absorber la chaleur, puis relâché et dilaté pour transférer cette chaleur à l’endroit désiré comme dans un appareil de chauffage. En été, on inverse le cycle, ce qui permet d’extraire la chaleur de la maison et donne l’impression aux habitants qu’on y introduit du froid...

Mais alors que les thermopompes sont bruyantes et durent de 12 à 15 ans, un système géothermique est silencieux et fonctionne à l’intérieur, ce qui prolonge sa vie utile autour de 25 ans et ne dérange pas les voisins. Son efficacité énergétique est surprenante : chaque kilowatt dépensé dans la compression du liquide caloriporteur, qui se réchauffe dans le sol avant de revenir dans l’appareil, génère environ 3,5 kilowatt d’énergie calorifique. Et comme l’appareil fonctionne dans la maison où il libère sa propre chaleur, un kilowatt d’électricité en produit au total l’équivalent de quatre en chaleur, explique Bruno Hébert. La facture du chauffage est ainsi réduite de 60 à 70 %, selon la qualité de l’échange de chaleur dans le sous-sol.

Peu profond

Les premiers systèmes en géothermie puisaient l’eau de la nappe souterraine, en extrayaient la chaleur et la renvoyaient par un autre puits dans le sous-sol. Les systèmes d’aujourd’hui fonctionnent en circuits fermés, ce qui évite de coûteux nettoyages. On évite les fuites de contaminants chimiques en utilisant du glycol... alimentaire. Les premiers systèmes exigeaient des puits très profonds, pouvant aller à 200 mètres, et assez larges pour loger la tuyauterie hermétique des systèmes actuels. Cette opération était très dispendieuse et portait le prix d’un système résidentiel autour de 30 000 $. L’entreprise de M. Hébert a conçu un système de pompe qui évite le recours aux puisatiers et aux puits profonds. Il en fore plusieurs de 30 mètres de profondeur seulement, selon les besoins du client, qu’il distribue en forme de pyramide dans le sol à partir d’un point unique près de la maison. Il utilise ainsi entièrement le terrain d’une résidence pour y enfouir une tuyauterie de cuivre, beaucoup plus efficace que celle en PVC pour l’échange d’énergie. Selon les endroits, les sous-sols et les besoins, les prix peuvent se situer désormais entre 10 000 et 13 000 $. Si on peut utiliser le fond d’un lac assez profond pour y déposer le serpentin du caloriporteur, un système géothermique pourrait coûter aussi peu que 7000 à 8000 $ parce que le miniforage n’est même plus nécessaire.

Le public québécois ignore la géothermie, dont l’utilisation a été suggérée par le Suisse Zolly en 1912, même si c’est ici que les gains seraient probablement les plus spectaculaires. Plusieurs raisons expliquent cette situation, soit le manque d’information et de soutien gouvernemental, estime le président de la CETAF.

Dans certains États américains, les distributeurs d’électricité vont financer sans intérêt une partie des équipements géothermiques parce qu’il ne leur en coûte pas cher de récupérer ainsi l’électricité épargnée, qu’ils revendent à fort prix à d’autres. De son côté, Hydro-Manitoba finance la différence entre le coût du système de chauffage en place, même s’il se résume à 10 calorifères de 30 $, et le coût du nouveau système au taux de

6,5 %. Il a été démontré que, pour le consommateur, le coût mensuel est inférieur, dès le premier mois, au montant d’énergie payé auparavant au distributeur d’électricité !

Un programme équivalent à celui du Manitoba, précisait le mémoire déposé en avril par la CETAF auprès de la Régie de l’énergie, coûterait environ 200 millions, soit sensiblement moins que les 550 millions du Suroît. Selon une vulgaire règle de trois, pour les 23 000 maisons nécessaires au remplacement du Suroît, il en coûterait donc approximativement 353 millions. Mais, contrairement au Suroît, les consommateurs rembourseraient Hydro-Québec complètement et l’énergie économisée serait disponible, comme au Manitoba, pour revente à fort prix sur le marché américain.

Pourquoi ?

Quelles pourraient bien être alors les raisons qui empêcheraient Hydro-Québec d’en faire autant ? M. Hébert montre du doigt un effet pervers méconnu de la division factice d’Hydro-Québec en divisions qui se vendent entre elles des électrons ou des services.

« La réponse est simple, dit-il. Hydro-Québec Distribution n’a pas intérêt à réduire ses ventes et ses profits, qui diminueraient trop vite avec une pareille économie globale. Le Québec reviendrait sous la barre des 165 TWH, ce qui fait que les nouveaux kilowatts ne pourraient plus être vendus et facturés au taux marginal des nouveaux projets ou achats, beaucoup plus élevés à 7-7,5 ¢ que l’électricité dite patrimoniale à 2,79 ¢ du kWh. Par contre, Hydro-Québec Production aurait intérêt à récupérer cette énergie pour la revendre plus cher, mais ce n’est pas elle qui décide des services aux clients. Le problème ne se poserait même pas dans une entreprise intégrée comme l’ancienne Hydro-Québec. »

Mais il y a eu un avantage à tout cela, ajoute le président de Geothermix : « On a été laissés à nous-mêmes, oui, mais ça nous a forcés à aller plus vite qu’ailleurs. On a réduit en moins de cinq ans les prix de plus de la moitié. Dans certains cas, des deux tiers. Et on a inventé au Québec des pompes qui s’installent sur les systèmes de chauffage existants, ce qui pourrait décupler le marché de la géothermie et réduire les coûts davantage. On a même développé au Québec des thermopompes murales pour les maisons sans conduites d’air, une première mondiale dont les résultats sont très concluants : un marché à court terme de 25 000 unités par an à des coûts abordables. Regardez-nous aller désormais au Québec ! »

9 Messages de forum

  • Airtechni oeuvre dans le domaine de la géothermie depuis plus de 30 ans au Québec et nous sommes fièrement pionniers en la matière. Nous avons étudié et réalisé plusieurs projets géothermiques que ce soit pour des projets résidentiels ou commerciel

    Voir en ligne : Pionnier de la géothermie au Québec

  • > La géothermie, l’inconnue la plus rentable

    16 octobre 2004 03:25, par Jean-Michel

    Bonjour,

    je suis en train de vouloir construire ma maison et je souhaite y mettre un systeme de géothermie. j’ai un terrain de 15000 pieds carrés fait de sable et je voudrai avoir deux réponse : quels sont les entreprises qui font de la géothermie et peut on obtenir une aide si oui ou.

    merci par avnce de votre réponse

    • La cie SECONAIR, 8101, rue Parkway, Anjou (Mtl), Qué. 514 351-9200 Le président est M. Bruno Hébert Leur site : www.seconair.com

      Bravo pour votre choix écologique de chauffage et climatisation.

      ANDRÉ BUSSIERE B.S.A. MONTRÉAL, QUÉ busand2003@hotmail.com

  • > La géothermie, l’inconnue la plus rentable

    19 novembre 2004 16:50, par Jean-Marie Ouellet
    Hydro-Québec joue à l’autruche. Nos gouvernements aussi. Quelle aberration ! Depuis des années que la géothermie a fait ses preuves, nos dirigeants nous cachent la vérité en faisant la sourde oreille afin de nous faire payer à nous québécoises et québécois des installations extravagantes. Ne sommes-nous pas assez taxés ? La diminution de la consommation et du coût de l’énergie seraient la plus belle diminution d’impôt. Depuis maintenant 2 ans , je pose la question par le lien internet à l’émission 5 sur 5 de radio canada. "Pourquoi ne pas faire une émission sur la géothermie" Aucune réponse, même pas un coup de téléphone comme accusé de réception. On se croirait victime d’un complot du silence, d’une arnaque collective. Jean-Marie Ouellet Maniwaki, Qc.
  • Bonjour, moi et ma conjointe allons nous construire bientôt. Nous avons songé au géothermique comme système de chauffage. Voilà, je réagis aux coûts que vous mentionner dans cet article puisque les entreprises qui nous ont donné de l’information à l’Expo habitation de Québec proposaient des coûts qui tournaient autour de 25 000 dollars. Si quelqu’un peut tenter un explication ce serait appréciée.

    J’aimerais aussi entrer en contact avec l’entreprise de géothermie qui propose de tels coûts.

    Voici une adresse courriel valide : mordak666@hotmail.com

    Merci

    Michel Ouellet Quebec

  • > La géothermie, l’inconnue la plus rentable

    18 mars 2005 15:25, par Nous sommes une association sans but lucratif (loi 1901 en France)

    OK mais on peut aussi percer encore plus profond pour faire de l’électricité, techniquement c’est possible ...

    Naturellement votre

    Thierry Hoolans

    Voir en ligne : Association de Défense de la Nature Passpartou

  • Airmax-Climatisation est une entreprise familiale fondée en 1989. Cie spécialisée en climatisation chauffage ventilation et géothermie. Tous nos travaux en matiere de géothermie sont fait en colaboration avec les pionniers du quebec Airthechni.

    Airmax-climatisation.com 450-635-6177 1-866-735-6177 5180 route 132 ville ste-catherine québec

  • > La géothermie, l’inconnue la plus rentable

    20 novembre 2005 14:50, par monrad

    bonjour Suite a un article paru hier danss le journal de quebec a propos de la geothermie le sujet m a interesse et j ai fait une recherche et tombe sur votre site et article que j ai bien apprecie la ou je demeures des gens sont a installer un ecovillage et je suis 100% d accord avec leur systeme aussi j aimerais bien faire ma part dans le systeme et j aimerais bien pouvoir installer un systeme geothermique c est assez dispendieux par contre mais Question 1 : peut on avoir une subvention pour cela

    question 2 : as t on besoin d un specialiste pour l installation de tout cela merci

  • Attention aux lacs !

    2 décembre 2005 17:55
    La géothermie est géniale lorsqu’utilisée dans le sol. Mais attention à nos lacs, la hausse de température de ceux-ci est problématique pour leur équilibre et les berges exposées au soleil causent déjà un débalancement qu’il ne faudrait pas empirer, la survie des écosystèmes en dépend ! On travaille beaucoup à la renaturalisation des berges pour stabiliser la températures des lacs, il ne faudrait pas revenir en arrière en pensant bien faire.