LETTRE DE LA COALITION QUÉBEC-VERT-KYOTO AUX MÉDIAS
mardi 5 juin 2007
MONTRÉAL, LE 5 JUIN 2007
Dimanche, le 22 avril, la Coalition Québec-Vert-Kyoto a organisé une marche dont le thème était : « Kyoto, pour l’espoir ». Elle a invité des représentants de tous les milieux afin qu’elle soit la plus représentative possible de la société québécoise dans son appui sans faille au protocole de Kyoto. Nous étions près de 25,000.
Le thème « Kyoto, pour l’espoir » est né de nos rencontres avec les jeunes car nombre d’entre eux nous ont exprimé leur crainte et leur désarroi face au réchauffement de la planète. Se faire dire par des enfants de 10 ou 12 ans : « Avons-nous un avenir ? », entendre des mots si graves émanant de bouches si jeunes nous ramène à un passé de guerre, de famine et de désastre. Ce n’est rien de moins que bouleversant. C’est pourquoi, malgré l’imperfection de Kyoto, malgré le fait qu’il ne constitue qu’un premier petit pas, (en fait, Kyoto constitue 1/10e de ce qu’il faut faire pour stabiliser le climat) ce protocole représente une étape importante aussi bien au niveau de l’action à entreprendre dans la lutte au réchauffement climatique que d’un point de vue symbolique.
Or dernièrement, le gouvernement conservateur a présenté son « plan vert ». Ce plan a immédiatement été jugé totalement insuffisant par la très grande majorité des acteurs de la vie publique. De David Suzuki à Al Gore, des gens d’affaires (sauf des milieux du pétrole et de l’automobile nord-américain) aux représentants de nombreux pays, tous se sont entendus pour dire que ce plan était une honte pour le Canada.
Un des objectifs les plus importants du protocole de Kyoto est de faire réaliser aux citoyens, aux entreprises et aux gouvernements du monde industrialisé que nous ne pouvons continuer à vivre en gardant les mêmes habitudes de production et de consommation. Il implique un changement de mentalité.
Or, le plan déposé par le gouvernement nous incite pratiquement au statu quo. Il continue à favoriser une dépendance toujours croissante envers les énergies fossiles et les modes de production énergivores. Il laisse croire que la croissance économique implique obligatoirement une croissance de la consommation énergétique, ce qui est faux : à titre d’exemple, le secteur de l’acier japonais a réussi à augmenter sa production tout en diminuant sa consommation énergétique de 80% !
Dernièrement, un rapport confidentiel dévoilé dans les médias a révélé que la grande majorité des industries canadiennes imploraient le gouvernement fédéral de s’aligner sur Kyoto, craignant d’être pénalisées dans le cas contraire.
Or, ce plan constitue le retrait officieux du Canada du protocole de Kyoto ET des négociations de l’après-Kyoto, pénalisant considérablement nos entreprises en les empêchant de profiter des mécanismes inclus dans le protocole. De plus, les imprécisions du ministre Baird concernant la participation canadienne à un marché d’échanges nord-américain ne sont ni rassurantes ni engageantes pour ces entreprises.
Pour ce qui est des pétrolières, il est proprement indécent que ces dernières soient aussi peu sollicitées, après avoir vu leurs impôts diminuer du tiers depuis 10 ans et leurs profits augmenter exponentiellement. Par ailleurs, que pourraient-elles faire si nous augmentions leur contribution dans la lutte au réchauffement de la planète ? « Délocaliser » les puits de pétrole et les sables bitumineux ?
L’argument principal de M. Baird pour dire de son plan qu’il est « équilibré » est qu’il constitue une solution mitoyenne entre les vœux des écologistes et des gens d’affaires, faisant passer Kyoto pour un plan radical. Cela aussi est faux. Ce n’est qu’après des années de négociations et de nombreux compromis (dont plusieurs faits à la demande du Canada, ce qui rend l’argument évoqué par M. Harper au G8 sur la spécificité canadienne pour avoir des cibles moins contraignantes caduque) que 180 pays ont signé ce protocole qui constitue déjà un énorme compromis en faveur du milieu économique de la part des écologistes. Nous le répétons, les objectifs du protocole de Kyoto ne feront que 10% du travail. Dire de ce plan qu’il est trop radical est à la fois malhonnête et dénote un total manque de vision.
L’an dernier, Sir Nicholas Stern, ancien chef économiste de la Banque Mondiale, révélait que les coûts économiques de l’inaction face aux réchauffement de la planète dépasseraient de beaucoup les coûts de réelles actions. De plus, le GIEC a dévoilé le dernier pan de son rapport chiffrant le coût des investissements pour lutter contre les changements climatiques et, contrairement à l’étude bidon dévoilée par M. Baird, ce rapport a démontré que le coût est tout à fait abordable et applicable dès maintenant. Ce dernier, en réponse à ce rapport, a affirmé que son plan allait encore plus loin... Autre mensonge de sa part car il omet de dire que l’année de base considérée par son plan est 2006 et non 1990, ce qui élimine 35% des émissions sur papier !
L’aspect le plus important et probablement le plus négligé dans le débat sur la lutte au réchauffement de la planète est celui des droits humains. Nous savons maintenant que ce réchauffement va considérablement modifier le mode de vie, l’habitat et la vie même de dizaines de millions de gens sur la planète. Des sécheresses en Afrique, aux inondations en Asie, à la fonte du pergélisol en Arctique, des millions d’humains vont devoir déménager de force et devenir des réfugiés climatiques. Et le processus est déjà commencé. Il a été estimé qu’un milliard de personnes risquaient de subir ce sort d’ici 2050. Cela représente trois fois la population du Canada et des États-Unis réunis ! Imaginez un seul instant tous les habitants de ces deux pays forcés de quitter leurs maisons, leur passé, leur mode de vie à cause de l’incurie d’autrui…
Un fonctionnaire a récemment été arrêté pour avoir « coulé » le plan vert. « Illégal » d’affirmer le ministre Baird. Pourtant, ce dernier passe sous silence le côté tout aussi illégal de son désengagement envers Kyoto, qui a force de loi au niveau international. Et que dire de l’aspect fort peu éthique des manœuvres de Mme Ambrose qui tentait de faire déraper les négociations de l’après-Kyoto à Bonn ? Pourrions-nous, dans le cas de ce fonctionnaire, qualifier son geste de nécessaire désobéissance civile ?
Nous ne sommes plus en 1950, mais au 21e siècle. Le mode de vie de l’après-guerre basé sur la consommation à outrance doit cesser. Pourtant, le gouvernement conservateur, par sa volonté de protéger certains intérêts particuliers tels que ceux du pétrole nous ramène 50 ans en arrière.
La loi du plus fort, où ceux qui sont défavorisés seront naturellement éliminés, semble être le leitmotiv de ce gouvernement. Cette idéologie favorisant un monde où les plus forts triomphent et où tous ceux et celles qui doivent en souffrir et en périr le fasse, (comme si cela relevait de l’ordre divin) nous ramène à une époque d’avant l’essor de la démocratie et des droits humains.
Il est dès lors facile à comprendre que ce gouvernement, au plus grand mépris de cette démocratie, fasse tout en son pouvoir pour que le Sénat ne puisse voter sur le projet de loi C-288 qui l’obligerait à respecter Kyoto ou tue au feuilleton le projet de loi C-30 qui va dans le même sens. C’est pourquoi deux groupes écologistes, Les Amis de la Terre et le Sierra legal defence fund, poursuivent le gouvernement pour non-respect de ses obligations... et de la loi.
Nous tenons par la présente à souligner notre appui à ces projets de loi et à l’action de ces deux groupes.
De plus, nous exigeons la démission du ministre de l’environnement fédéral, M. John Baird, car respecter Kyoto, c’est respecter notre parole envers le reste du monde, envers les citoyens et citoyennes du pays mais aussi et surtout envers les générations futures. Et M. Baird ne respecte ni Kyoto, ni les citoyens et citoyennes de ce pays, ni les générations futures.
Daniel Breton, Coalition Québec-Vert-Kyoto / Pablo Rodriguez, député Libéral, parrain de C-288 / Bernard Bigras, député, Bloc Québécois / Thomas Mulcair, Nouveau Parti Démocratique / Elizabeth May, leader, Parti Vert du Canada / Ghislain Picard, grand chef, APNQL / Suzanne Méthot, environnementaliste / Henri Massé, FTQ / Réjean Parent, CSQ / André Bélisle, AQLPA / Martin Leclerc, Amis de la Terre Québec / Gérald Larose, président, caisse d’économie solidaire Desjardins / Louise Vandelac, Institut des Sciences de l’Environnement, UQÀM / Scott McKay, leader, Parti Vert du Québec / Françoise David, Amir Khadir, co-leaders, Québec Solidaire / Joelle Morin, actrice / Annie Roy, Pierre Allard, ATSA / Anne-Marie Saint-Cerny, environnementaliste / Lynette Tremblay, Peter Graham, Parti Vert du Canada / Pierre Véronneau, écologiste / Daniel Clapin-Pépin, professeur de gestion éthique, UQÀM / Don Hobus, Coalition Verte / Raymond Deshaies, ingénieur / Nicholas Boisclair, Reverence Rupert / Mikaël Rioux, écologiste / Jean Blais, photographe / Alain Dumas, Coalition Verte Trois-Rivières / Éric Ferland, projet Écosphère / Michel Fugère, Mouvement Vert Mauricie / Geneviève Massé, directrice, Festival Écolo de Montréal / John Burcombe, Mouvement Au Courant / Jacques Levasseur, médecin, A.P.P.E.L. / Sébastien Rioux, Karine Vincent, Échofête / Xavier Daxhelet, C.V.E.E.M. / Martin Duckworth, cinéaste