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La Presse

Le Suroît : vents froids et eau bouillante - Le temps est venu d’augmenter la cadence et le volume de la production éolienne

Descôteaux, Claude, Opinion, La Presse Affaires, lundi 21 juin 2004, p.8

mercredi 30 juin 2004, par Louis E. Beaulieu


La peur, répète-t-on, est le commencement de la sagesse ! Elle a certes convaincu Hydro-Québec qu’il fallait, pour satisfaire les besoins énergétiques à l’horizon 2008, disposer d’une quantité d’énergie semblable à celle que livrerait une centrale alimentée au gaz naturel comme le Suroît, présentée comme essentielle à notre sécurité énergétique. Il fallait trouver moyen de répondre à la peur froide logée dans le coeur des Québécois qui sont avec raison bien sensibles, au propre et au figuré, aux rigueurs de notre climat.

Dans le même temps, une grande partie de ces mêmes Québécois a exprimé les plus vives inquiétudes face aux éventuelles modifications du climat et de l’environnement à tel point que le gouvernement a choisi de demander pour le 30 juin prochain un avis à la Régie de l’énergie sur l’opportunité d’une telle centrale et sur l’existence d’alternatives à cette solution.

L’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER) a donc déposé auprès de la Régie un mémoire qu’elle y a défendu le 13 mai dernier (voir www.aqper.com à la section Quoi de neuf ?) L’AQPER ne s’arrête pas à contester le niveau des besoins anticipés. Elle s’attache plutôt à décrire les alternatives qui existent véritablement.

Économies d’énergie

Bien que les économies d’énergie et un recours mieux organisé à la biomasse puissent réellement satisfaire une portion des besoins nouveaux, cet apport ne peut cependant avoir à court terme ni l’ampleur ni la certitude attendues de la part des gestionnaires. Il faut donc se tourner vers d’autres sources d’énergie renouvelable.

Celle qui fait présentement tourner les têtes et qui marque le plus l’imaginaire, c’est bien sûr l’énergie éolienne, subitement passée d’un usage local et artisanal à un profil moderne et industriel dans un grand nombre de pays, et non les moindres.

Exhibant certaines expériences plus ou moins concluantes tentées au Québec depuis 10 ou 20 ans, d’aucuns ont voulu vite en conclure que la filière n’était pas mûre et surtout qu’elle n’était pas fiable. C’est un peu comme juger de la performance de l’informatique de 2004 en analysant la technologie des années 1980-90 !

Les réels succès de l’éolien ne sont certes pas sans leur part d’adaptation technique aux conditions locales et ne sont pas encore concurrentielles partout, si bien que des assistances, des encouragements sont habituellement fournis au départ par les pouvoirs publics avec la confiance que les progrès de la technologie et les augmentations de production vont continuer de réduire les coûts, tout en générant des bénéfices environnementaux appréciables. Chez nous, Hydro-Québec a d’ailleurs lancé avec le soutien du gouvernement un appel d’offres pour 1000 MW en Gaspésie. Après la réponse aux appels d’offres, le 15 juin dernier, l’AQPER estime que le temps est venu d’augmenter la cadence et le volume de la production éolienne compte tenu de notre énorme potentiel. Dans la présente campagne électorale fédérale, les grands partis ont tour à tour annoncé un support très substantiel au développement de l’éolien au pays.

Petites centrales

Vu les quantités d’énergie requises en 2008, l’AQPER estime qu’il serait en outre opportun, en accompagnement d’un programme accéléré d’éolien, de mettre en chantier un certain nombre de petites centrales hydroélectriques. Comme on le sait, les grands travaux d’Hydro-Québec requièrent une bonne dizaine d’années tandis que les petites entreprises ont fait la démonstration qu’elles peuvent en quatre ans livrer une centrale économiquement viable, construite dans le plein respect de l’environnement en y ajoutant le plus souvent une composante récréo-touristique et réalisée avec l’appui des populations locales qui sont même invitées à y participer financièrement par le biais de leurs institutions. On ne peut guère imaginer de formule plus évidente et appropriée de partenariat privé et public (PPP) alliant PME et MRC au plus grand profit du développement régional. Sans oublier que lesdites installations sont rétrocédées gratuitement au domaine public après 25 ans d’utilisation.

Tous les pays développés et maintenant les pays qui émergent ont su voir à utiliser leurs ressources hydrauliques au bénéfice de leurs populations. Le Québec va-t-il transformer ses quelque 3000 rivières en autant de parcs nationaux ?

Comme le disait récemment (mars 2004) et fort justement le chercheur émérite Hubert Reeves à Radio-Canada, en choisissant une forme d’énergie par rapport à une autre, il faut privilégier celle qui présente les moindres inconvénients. Nous estimons que le couple hydroélectrique-éolien paraît bien répondre à ce critère.