dimanche 1er février 2004, par Raymond Labelle
Hydro-Québec a décidé d’aller de l’avant avec le projet de centrale thermique au gaz naturel du Suroît. Cette centrale, à elle seule, augmentera la production de gaz à effet de serre du Québec d’au moins 2,6%. Or, le Canada, en vertu du protocole de Kyoto, devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 6%. À elle seule, cette centrale augmente de 20% l’utilisation de gaz naturel au Québec. (voir le Devoir, 21 janvier 2004, Le Québec produit plus de gaz à effet de serre qu’il ne le dit, Louis-Gilles Francoeur).
Un mandat clair
M. Charest ne cesse d’évoquer son mandat clair pour entreprendre certaines mesures rétrogrades. Qu’en est-il de la question de la centrale thermique au gaz naturel du Suroît ? Dans le programme du Parti libéral du Québec, qui représenterait le contenu de ce mandat clair, on lit ceci :
« Il faut éviter que le gouvernement investisse à la fois dans un plan d’action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et fasse la promotion de politiques de production d’électricité à partir du gaz naturel. »
C’est-y assez clair comme mandat ?
Refus d’envisager d’autres mesures
Le gouvernement et Hydro-Québec, lorsqu’ils se prononcent sur cette question sont en conflit d’intérêt. Les ventes de gaz pour alimenter la Centrale sont faites par Gaz Métropolitain, dont 40% des actions sont détenues par Hydro-Québec, et les dividendes d’Hydro-Québec vont au gouvernement. Le scepticisme s’impose lorsque ces organismes et leurs conseillers font la promotion de cette centrale thermique.
Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, qui n’est pas en conflit d’intérêt sur cette question, s’est prononcé contre.
Le gouvernement et Hydro-Québec ne disent pas la vérité lorsqu’ils affirment que cette centrale est nécessaire pour satisfaire à la demande des Québécois, car il est possible de satisfaire à la demande des Québecois en produisant autrement à meilleur coût ou à coût comparable : éoliennes, centrale pompée en milieu urbain. Il est également possible de faire beaucoup plus pour baisser la demande d’énergie (voir article de Louis-Gilles Francoeur au Devoir, Hydro ignore un projet de centrale urbaine sans pollution, du 22 janvier 04 et la letttre au Devoir du 13 janvier 04 de M. Yvan Dutil, astrophysicien).
Mentionnons aussi que la fermeture d’une usine de l’Alcan, annoncée par M. Charest à Davos, viendra diminuer la demande d’électricité d’environ 500MW. Et n’oublions pas de comptabiliser dans les coûts, ceux qui seront nécessaires pour diminuer l’effet de serre produit (ou la pénalité pour ne pas avoir atteint l’objectif).
Malgré les multiples mesures autres que la construction de cette centrale qui permettraient de satisfaire à la demande interne à coût comparable ou inférieur, le gouvernement et Hydro-Québec s’acharnent à proposer la construction de cette centrale qui aggrave un problème écologique sérieux exigeant des mesures urgentes et ... énergiques : le problème des gaz à effet de serre.
On peut donc dire qu’Hydro-Québec et le gouvernement trompent la population en disant qu’une telle centrale est nécessaire pour satisfaire à la demande des Québécois, et que le gouvernement renie son programme et son mandat en prenant la décision de la construire.
Il s’agit déjà de fautes et de manquements très graves sur les plans de l’environnement, de la démocratie et de l’honnêteté face à la population. Mais il y a plus.
Désinformation
Le gouvernement et Hydro-Québec ne nous disent pas la vérité lorsqu’ils affirment que l’énergie créée par cette centrale thermique n’est pas, en fait, destinée à l’exportation. Je cite ici un extrait de l’article de Thérèse Richer et de Manon Lacharité, paru dans le Devoir du 21 janvier 2004 (Des questions à la suite de l’annonce de la construction de la centrale thermique du Suroît - Énergie et transparence)
« Les informations obtenues du ministère de l’Environnement par Le Devoir, selon lesquelles ce ministère ne voyait pas la nécessité d’une nouvelle centrale, confirment notre analyse selon laquelle l’électricité qui sera produite par le Suroît est destinée à l’exportation, comme l’avait par ailleurs avoué André Caillé au Journal de Montréal le 13 mai dernier.
Calculant probablement que l’annonce d’une centrale thermique essentiellement destinée aux exportations soulèverait un tollé dans l’opinion publique, Hydro-Québec et le ministre Sam Hamad ont préféré tromper la population du Québec en évoquant l’urgence d’assurer notre sécurité d’approvisionnement. Or, détail intéressant à souligner, le décret du 27 décembre 2003 autorisant ledit projet ne fait aucunement référence au fait que l’électricité produite le sera à cette fin. De plus, comme le hasard fait bien les choses, l’annonce est faite par grand froid, en même temps que des appels répétés à la modération de la consommation aux heures de pointe.
Ce subterfuge permet aussi, bien évidemment, de faire l’économie d’un débat de fond sur la pertinence et la véritable rentabilité de construire des centrales thermiques au Québec pour vendre à nos voisins ontariens ou américains. »
La cour est-elle pleine ? Et bien non.
Ouvertures à la privatisation
Hydro-Québec et le gouvernement prévoient de céder la centrale thermique à General Electric (GE) qui en deviendrait l’exploitant, mettant ainsi en cause le principe fondamental qui a présidé à la nationalisation de l’électricité : la propriété publique de la principale source d’énergie produite au Québec.
Bien sûr, si le ministère de l’Environnement peut délivrer un certificat d’autorisation de complaisance à Hydro-Québec, il peut le faire plus difficilement à GE. Hydro-Québec obtiendra donc toutes les autorisations gouvernementales nécessaires, et une fois cela fait, pourra céder la centrale à GE ! (Voir articles de Robert Dutrisac, dans le Devoir, Perspectives - Vendeuse de permis ?, 24-25 janvier 2004, et Hydro-Québec pourrait céder le Suroît à General Electric, 23 janvier 04).
Il ne faut surtout pas se mettre le doigt dans l’engrenage de la privatisation de l’électricité - la nationalisation de l’électricité permettant aux citoyens d’être les premiers propriétaires et bénéficiaires de cette ressource.
Anti-démocratie
Les parlementaires ont décidé de ne pas entendre les représentants de la société civile à la commission parlementaire qui analyse le Plan stratégique d’Hydro 2004-2008 (voir article de Louis-Gilles Francoeur, Centrale thermique du Suroît - Les ingénieurs d’Hydro-Québec condamnent les intentions de leur employeur, Devoir, 21 janvier 04). Lorsqu’on sait que le Parti québécois a été le premier promoteur du projet, l’exclusion de la parole citoyenne sur cette question par les deux principaux partis de l’Assemblée devient toute simple à comprendre.
Ces manières d’agir sont la marque d’un déficit démocratique profond.
La production d’électricité au Québec est de nature publique, et l’ensemble des citoyens devrait pouvoir décider des grandes orientations qui les affectent à ce sujet - surtout lorsqu’il s’agit de projets aussi directement contraires au principe du développement durable que la construction de cette centrale thermique.
Un appel
J’invite toute la population et les personnes qui ont la chance d’avoir accès à la parole publique à manifester leur indignation devant ces violations flagrantes des principes de la démocratie, du développement durable et du caractère public de la production énergétique, et à exiger du gouvernement du Québec et d’Hydro-Québec le retrait de ce projet.
J’invite tout ceux qui ont des moyens d’action à mener le combat pour un Québec démocratique axé sur le développement durable.
Manifestation dimanche 1er février à Montréal.
Pour plus de renseignements :
http://www.quebec-vert-kyoto.org
Raymond Labelle, citoyen, Gatineau