Le Devoir - Moratoire demandé sur la construction de ports méthaniers
Choisir le gaz naturel, c’est bon pour la planète, fait valoir l’industrie
mardi 11 septembre 2007, par Fabien Deglise
L’industrie du gaz naturel au Québec a dénoncé vertement hier l’attaque orchestrée par des groupes environnementaux contre cette source d’énergie. En demandant un moratoire sur les ports méthaniers, ces organismes écologistes iraient « à l’encontre des intérêts de leurs membres », a indiqué Sophie Brochu, présidente de Gaz Métro, « en réclamant finalement un moratoire sur la capacité du Québec à atteindre ses objectifs de Kyoto ».
« Je n’accepte pas que des individus prennent en otages, pour des raisons qui m’échappent, des projets qui sont nécessaires pour l’avenir et la sécurité énergétique du Québec, a-t-elle indiqué lors d’un entretien accordé au Devoir. À leur place, je serais gênée. En invitant les gens à marcher dans la rue [le 22 septembre prochain] contre les ports méthaniers, ils les invitent à marcher finalement pour faire la promotion d’une autre source d’énergie plus polluante que le gaz naturel : le mazout. »
Hier, en conférence de presse, plusieurs groupes de défense de l’environnement, dont la Coalition Québec Vert Kyoto, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) mais aussi l’écosociologue Laure Waridel, ont réclamé en choeur au gouvernement un moratoire sur le développement de terminaux méthaniers. Deux projets sont actuellement envisagés à Gros-Cacouna dans le Bas-du-Fleuve et à Rabaska, près de Lévis.
Motif ? En favorisant ainsi l’importation de gaz naturel, « on veut accentuer notre dépendance à une ressource énergétique fossile pour laquelle nous n’avons de contrôle ni sur le prix ni sur la disponibilité », a indiqué Daniel Breton, porte-parole de la coalition. Ces groupes estiment que Québec devrait plutôt faire la promotion d’énergies vertes. L’éolien, les biogaz et la géothermie en font partie. Ils appellent également à une mobilisation dans les rues de Montréal d’ici quelques jours, et ce, afin de faire passer le débat sur ce type de terminaux du local au national.
Pour Mme Brochu, ces groupes vont aujourd’hui « trop loin ». « Ce que cherche à faire le Québec avec ces ports méthaniers, c’est améliorer l’offre et l’approvisionnement en gaz naturel ici pour en faire ultimement baisser le prix », a-t-elle indiqué. Avec à la clef, un objectif clair : permettre aux grands utilisateurs de mazout, les institutions publiques comme les écoles et les hôpitaux, ou encore l’agriculture, l’industrie, les complexes commerciaux, par exemple, de passer du mazout au gaz naturel, selon elle.
« Depuis 2001, ces grands consommateurs d’énergie ont en grand nombre transféré leur consommation du gaz au mazout en raison de la hausse du prix du gaz, a poursuivi Mme Brochu. Or, ce faisant, ils ont contribué à la production de 500 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES) de plus par année. » Le mazout de type n° 6, connu sous le nom de « bunker » émet en effet 40 % de GES de plus que le gaz naturel, une « caractéristique environnementale » que les opposants aux ports méthaniers, dit-elle, « devraient pendre en compte et surtout expliquer aux gens » avant d’essayer « d’exciter la population ».
N’empêche, pour Laure Waridel, « regarder vers l’avenir, c’est nécessairement réduire notre dépendance aux énergies fossiles puisqu’on connaît leur effet sur les changements climatiques », a-t-elle indiqué. Présent à la conférence de presse, Thomas Mulcair, candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD) aux élections partielles d’Outremont et ex-ministre de l’Environnement, a quant à lui évoqué le risque sous-évalué que feraient peser ces terminaux sur le Québec en devenant des cibles de choix pour les terroristes, a-t-il indiqué.
Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement a donné son aval dans les derniers mois à la construction des deux terminaux, jugeant les risques d’implantation « acceptables ». Ces ports ne seraient également « pas susceptibles d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants », selon lui. Les groupes environnementaux s’opposent à ces conclusions et souhaitent se faire désormais entendre alors que la ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, pourrait, d’ici la fin du mois, donner son feu vert à la construction de Rabaska, un projet de 840 millions de dollars. En juin, Québec a autorisé le projet Gros-Cacouna, évalué, lui, à 500 millions.
Avec Presse Canadienne
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