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« Les éoliennes ne tiennent pas leurs promesses ? » : AXOR, un cas particulier

Jean-Michel Parrouffe, Ph.D., Consultant en énergies renouvelables

mardi 4 mai 2004


Dans l’article paru dans La Presse du 27 avril 2004 : « Les éoliennes ne tiennent pas leurs promesses » plusieurs affirmations sont faites qui méritent mise en contexte et commentaires.

Il est clair que la production annuelle des centrales éoliennes, tout comme celle des centrales hydrauliques sans réservoirs est variable en fonction principalement de la qualité de la ressource (éolienne, hydraulique), du type de technologie de production (éolienne à vitesse variable, éolienne à génératrice à entraînement direct, etc.) et de la disponibilité des équipements en période de production qui dépend étroitement de la fiabilité des équipements installés et d’un entretien adéquat. Cependant, les affirmations dans la Presse à l’effet qu’« En théorie, le facteur d’utilisation des éoliennes est de 25 %, c’est-à-dire qu’elles produisent de l’énergie pendant 25 % du temps. L’expérience d’Axor a été moins concluante. La réalité basée sur cinq années d’exploitation est que dans les meilleures années, où tout fonctionne sans pépins, le facteur d’utilisation a été de 18 % et qu’il a été de 16,5 % en moyenne pour les 12 derniers mois de production » ne reflètent en fait que l’expérience d’Axor et le cas de la centrale de Matane et de Cap-Chat. En effet, le CCVK a déposé à la Régie un document qui présente les données les plus récentes sur les facteurs d’utilisation moyens des centrales éoliennes aux États-Unis en fonction des États dans lesquels sont installées ces centrales. Ce document peut-être téléchargé au :

http://www.regie-energie.qc.ca/audi...

Les données compilées dans ce document contredisent clairement l’affirmation que l’on retrouve dans le mémoire d’Axor à l’effet que « Même avec les nouvelles technologies actuellement disponibles sur le marché, il reste que les facteurs d’utilisation réels sont significativement plus bas que ceux prédits par les études théoriques ». En effet, dans le document déposé en preuve à la Régie de l’énergie, les facteurs d’utilisation réels compilés varient de 21,1 à 38,9 % pour les États américains situés sur le continent nord-Américain. Contrairement aux affirmations d’Axor, ces valeurs compilées avec les données de centrales actuellement en opération sont effectivement proches d’un « facteur d’utilisation théorique ». Nous pouvons donc en conclure que les données présentées par Axor ne reflètent que les résultats d’opération de leur centrale et ne peuvent être généralisés aux futures centrales éoliennes qui seraient implantées au Québec. D’autant plus que les valeurs présentées en preuve par le CCVK résultent de la compilation de données intégrant toutes les centrales éoliennes en opération dans les États américains situés sur le continent nord-américain, même celles installées dans les années 80 et 90. Les résultats pour les plus récentes centrales éoliennes dépasseraient certainement les 30 %.

En ce qui concerne l’affirmation de M. Louis Gagnon à l’effet que « ... pour être rentable, l’électricité produite doit être vendue à 9 cents le kilowattheure à Hydro-Québec... », cette affirmation est gratuite, non fondée et fausse. Premièrement, dans le mémoire déposé par Axor aucune preuve concrète et solide (contrat entre la Société en commandite KW Gaspé et Hydro-Québec, états des résultats de la centrale, etc.) n’a été déposée à la Régie de l’énergie pour prouver cette affirmation. Dans ce mémoire, l’affirmation est faite, mais aucun calcul économique ou financier n’a été présenté pour la justifier. Deuxièmement, les données présentées par le CCVK, Hélimax et le RSSE, ainsi que les documents (chiffriers et compilations des coûts de revient de l’éolien à l’international) qui ont été déposés en preuve par ces entités contredisent clairement l’affirmation d’Axor. Selon ces organisations, la plage typique de variation du prix de revient serait plutôt de l’ordre de 5 à 8 ¢/kWh en fonction des vitesses moyennes de vent, des conditions de financement, de la nature du promoteur (privé, public), de la taille du programme envisagé, des conditions de l’appel d’offres, etc.

Terminons cette discussion en commentant l’affirmation d’Axor rapportée dans la Presse à l’effet que « Malgré les avantages de la production éolienne, le Québec ne peut pas compter sur cette forme d’énergie pour satisfaire ses besoins, estime le Groupe Axor. “La production éolienne au Québec, à cause du caractère aléatoire et intermittent des vents créés par les systèmes atmosphériques, ne peut fournir des quantités d’énergie stables dans le temps" ». Que penser de cette affirmation encore une fois non étayé par des preuves, mais simplement énoncée comme une évidence ? On pourrait en premier lieu réécrire par analogie cette affirmation comme suit : « Malgré les avantages de la production hydraulique, le Québec ne peut pas compter sur cette forme d’énergie pour satisfaire ses besoins, estime le Groupe Axor. “La production hydraulique au Québec, à cause du caractère aléatoire et intermittent des pluies créées par les systèmes atmosphériques, ne peut fournir des quantités d’énergie stables dans le temps” ». Est-ce que cela la rendrait plus acceptable, bien sûr que non ! Tout simplement, dans les deux cas (éolien, hydraulique), les gestionnaires du réseau électrique québécois ont pu, et peuvent encore, grâce aux réservoirs déjà existants stocker l’eau nécessaire à la fourniture d’électricité même lorsqu’il ne pleut pas ou qu’il ne vente pas. De plus, l’expérience internationale démontre qu’une judicieuse distribution des centrales éoliennes sur le territoire du Québec (ex. Gaspésie, Baie-James, Côte-nord, Montérégie) diminue significativement l’occurrence des périodes de non-production des centrales. Finalement, il faut aussi noter que la variabilité interannuelle, par rapport à la moyenne, des apports énergétiques hydrauliques est environ deux fois plus grande que la variabilité des apports énergétiques éoliens. Pourtant Hydro-Québec a jusqu’à présent su gérer convenablement la très grande variabilité des apports hydrauliques, alors pourquoi pas celle associée aux apports éoliens ?

Par conséquent, il y a lieu de rester très sceptique quant aux généralisations mises de l’avant par Axor et la solidité de la preuve présentée dans leur mémoire.