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Lettre à M. Alain Dubuc

vendredi 21 septembre 2007, par Xavier Daxhelet


M. Alain Dubuc,

En vous lisant dans La presse du dimanche 16 septembre, je me demande vraiment qui est le plus simpliste dans le débat sur les ports méthaniers.

Parlons d’abord du BAPE, il faut être assez simpliste pour prendre toutes les décisions du BAPE comme parole d’évangile. Je tiens à vous rappeler que le BAPE n’est pas un organisme écologiste. De toute façon, même quand une commission est défavorable à un projet, le gouvernement l’autorise quand même. Pourquoi donc le gouvernement pourrait-il renier les conclusions d’une commission du BAPE mais pas les groupes écologistes ? N’y a-t-il pas deux poids, deux mesures ?

Regardons certaines conclusions du BAPE et ses conséquences.

La centrale thermique de Bécancour

Le BAPE concluait :

« La construction d’une centrale de cogénération comme celle proposée par TransCanada Energy Ltd. à Bécancour correspond à un choix de dernier recours dans la stratégie québécoise de réduction des gaz à effet de serre et dans la Politique énergétique du Québec. La commission est d’avis que ce choix ne se justifie que si toutes les autres possibilités ont été épuisées. Or, la démonstration n’a pas été faite à ce jour. »

Pourtant le gouvernement est allé de l’avant avec le fiasco pour Hydro-Québec (plus de 10 cents/kWH) et pour l’environnement.

La centrale thermique du Suroït

Le BAPE concluait :

« Pour cette raison et dans une perspective de développement durable, la commission ne peut souscrire à la mise en œuvre du projet. Elle considère que son autorisation devrait être conditionnelle à la démonstration claire qu’il ne compromet pas les engagements du Québec en regard du protocole de Kyoto. »

Pourtant le gouvernement voulait quant même aller de l’avant, et a fini par reculer après une longue lutte populaire.

Pont de l’autoroute 25

Le BAPE concluait :

« Ainsi, forte du consensus des instances municipales et des participants à l’audience publique en la matière, la commission estime que, si le gouvernement du Québec devait faire des choix sur la base de disponibilité budgétaire, la priorité devrait aller au développement du transport en commun dans le nord-est de l’agglomération métropolitaine plutôt qu’au prolongement de l’autoroute 25. Ainsi, une large part des besoins en transport des personnes devrait être comblée par l’amélioration et le développement du transport en commun. »

Pourtant le gouvernement veut aller de l’avant. À noter que le BAPE n’a pas rejeté le projet et pourtant M. André Pratte écrivait dans un éditorial que le projet est contestable.

Parlons maintenant de votre argument massue : le mazout lourd.

Savez-vous que plus de la moitié du mazout lourd consommé au Québec l’est par le secteur des pâtes et papiers. Votre journal contribue donc à la pollution du Québec. Mais des compagnies comme Cascade font de grands efforts (que les écologistes applaudissent) pour réduire leurs émissions en misant par exemple sur le biogaz (du méthane comme le gaz naturel mais qui n’est pas fossile et qui provient du Québec).

Savez-vous que l’utilisation de la biomasse a augmenté de 27% depuis 1990 et sont utilisation est 50% plus importante que le mazout lourd et ne génère pas de GES.

Savez-vous que les émissions de GES du secteur industriel de 1990 à 2004 a diminué de 0,5 Mt pour l’utilisation du Mazout lourd et pour l’utilisation du gaz naturel, les émissions ont baissé de 1 Mt en très grande partie à cause de l’utilisation accrue de l’électricité qui a augmenté de plus de 71% pendant la même période.

Savez-vous qu’entre 1990 et 2007, les émissions de GES du secteur industriel a baissé de 6,6% !! Soit plus que les objectifs de Kyoto et ce, à cause de l’électricité.

Savez-vous que la quantité d’énergie qu’importera seulement Rabaska est de 190 Pétajoules (PJ) et qu’au Québec, il ne se consomme que 61 PJ de mazout lourd. À quoi va servir les 130 PJ restants ? Et bien à remplacer non pas le mazout mais bien l’électricité utilisée pour le chauffage. Le projet vise à faire baisser les prix du Gaz pour concurrencer l’électricité. Et là à dieu Kyoto ! Mais je vous vois venir avec vos gros sabots : « oui, mais si on vend de l’électricité aux Etats-Unis ou en Ontario, on va baisser leurs émissions, il faut voir la situation de manière globale ». On peut croire au Père-Noël, mais on ne fermera pas les centrales thermiques américaines au charbon. Ils ont du charbon pour plus de deux cents ans ! Tout au plus, on réduira l’augmentation des émissions. Bref nous contribuerons à diminuer l’augmentation de l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère !

Je vous rappelle que le problème des changements climatiques n’est pas un jeu et qu’Il faut tout faire pour le contrer. Savez-vous qu’il nous en coûtera beaucoup plus cher plus tard si nous ne n’investissons pas maintenant. Croire que la main invisible du marché du gaz réduira nos émissions de GES est de la pensée magique.

Je tiens à vous rappeler également que si, lors des audiences, il avait été prouvé que l’implantation d’un port méthanier contribuerait à réduire les émissions de GES, les écologistes appuieraient le projet. Mais tel n’est pas le cas. Tout est basé sur des suppositions et des souhaits, rien de concret.

Dire que les écologistes sont des empêcheurs de projets est de la diffamation et de la démagogie. De grand projet (plus important que Rabaska) devrait est mis en œuvre comme l’électrification des transports en commun et le projet des tramways de Montréal ou encore une vaste implantation de la géothermie au Québec. Tous ces projets créeraient beaucoup plus d’emplois et auraient beaucoup plus de retombées économiques pour le Québec que le projet de Rabaska. Le problème est que ces projets pourtant bénéfiques pour le Québec l’est beaucoup moins pour les intérêts particuliers des investisseurs comme Power Corporation par exemple.

Bien sûr Power Corporation a des intérêts importants dans le projet de Rabaska, cela pourrait d’ailleurs expliquer le support déraisonné de votre groupe de journaux pour le projet Rabaska. Heureusement qu’il y a Jean Lemire.


Xavier Daxhelet
Physicien et Professeur associé
École Polytechnique
Département de génie physique