mardi 3 février 2004, par Marie-Anne Legault
M. Sam Hamad Ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs,
Ce message est envoyé en copie conforme à une multitude de journalistes, chroniqueurs, animateurs ainsi qu’à plusieurs organisations concernées. La même lettre sera envoyée à M. André Caillé, président d’Hydro-Québec et au premier ministre Jean Charest.
Je suis une citoyenne qui paie ses taxes, ses impôts et ses factures d’électricité (donc une partie de votre salaire) et j’estime que j’ai le droit de comprendre ce qu’on fricote avec mon argent et l’air que je respire. Nous sommes en démocratie, il me semble.
Concernant la centrale du Suroît, j’ai des questions claires et directes pour vous, auxquelles je demande des réponses tout aussi claires et directes. Je ferai suivre votre réponse, ou votre non-réponse, à tous les groupes et individus énumérés dans la copie conforme (et qui seront curieux de vous lire, j’en suis sûre).
Questions :
1) Avez-vous des chiffres qui prouvent que le Québec sera réellement en manque d’énergie dans quelques années ? Si oui, quels sont ces chiffres ? Quel est, dans ces chiffres, le pourcentage destiné à l’exportation ? Est-ce que le public a accès aux livres d’Hydro-Québec en cette matière ?
2) Plutôt que de vous lancer dans la construction de centrales polluantes pour satisfaire des besoins toujours plus grands en énergie, n’aurait-il pas mieux valu de trouver des solutions pour justement diminuer cette demande d’énergie ? Exemples : Diminution de l’éclairage nocturne dans les villes, surtaxe pour les entreprises énergivores, éducation des Québécois pour diminuer leur consommation d’énergie, vaste programme de subventions pour améliorer l’isolation des maisons et des immeubles, etc. Les solutions ne manquent pas !
3) Pourquoi acceptez-vous de développer un projet que la population du Québec rejette massivement ? Je ne connais personne en faveur de la centrale du Suroît, à l’exception d’une poignée de gens qui salivent à l’idée de nouveaux emplois au détriment de la santé de leurs enfants... et celle de la planète.
4) Enfin, si nous faisons réellement face à une pénurie énergétique, pourquoi ne pas avoir opté pour le développement de centrales écologiques produisant une énergie renouvelable ? Selon les dires mêmes des ingénieurs d’Hydro-Québec, un parc éolien peut combler le même besoin énergétique dans les mêmes délais de construction et pour à peu près le même coût.
5) Cette question s’adresse en particulier au gouvernement Charest. Quelles mesures environnementales envasigez-vous de prendre à court terme pour, non seulement compenser « l’effet Suroît », mais diminuer de façon substantielle la quantité de CO2 crachée par le parc d’automobiles et le secteur industriel ?
Je n’attends pas de réponses évasives ou de réponses « en conserve » de votre part. Je ne veux pas de répliques telles que : « Mais nous sommes déjà moins polluants que les autres... dans les autres pays... ». Ça ne marche pas. C’est la réponse d’un enfant de 7 ans qui vient de faire un mauvais coup et se justifie en se comparant à d’autres enfants pires que lui. Ça n’enlève rien au fait que les centrales comme celle du Suroît vont polluer... et beaucoup.
Avec Kyoto, nous sommes à l’heure où les pays se mobilisent pour contrer le réchauffement climatique. Et vous qui allez contre le vent... Le « développement durable », ça vous dit quelque chose ? Ça signifie que les enfants de nos petits-enfants doivent profiter des projets que nous élaborons aujourd’hui. Oseriez-vous dire que la centrale du Suroît fait partie d’un projet de développement durable ?
Les énergies renouvelables sont peut-être dispendieuses sur le moment, mais elles sont économiques à long terme. La pollution et le réchauffement climatique, au contraire, vont finir par nous coûter cher, très cher. Bien sûr, c’est tellement difficile pour les dirigeants d’entreprises et les politiciens de penser aux générations futures. Le développement durable ne génère pas de profits immédiats et de capital politique, n’est-ce pas ? Après moi le déluge !
J’ai espoir que la population du Québec, les médias, les scientifiques et les groupes écologistes se mobiliseront pour mettre un frein à ces projets « crasseux » de centrales au gaz. Vous me direz que je suis une rêveuse, je vous réponds que c’est mieux que d’être une pollueuse.
J’espère aussi voir sortir de leur profond mutisme le ministre de l’Environnement Thomas J. Mulcair (est-ce que quelqu’un l’a déjà entendu s’exprimer ?) et le premier ministre Jean Charest pour commenter cette « sale » affaire.
Enfin, la prochaine fois que vous passerez chez votre libraire, demandez-lui « Mal de Terre », écrit par Hubert Reeves et Frédéric Lenoir. J’ose espérer que ce livre vous fera réfléchir, ne serait-ce qu’un tantinet.
J’attends avec impatience les réponses à mes questions. Et merci de bien vouloir y porter un peu d’attention.
Bien à vous (et surtout à la Terre)
Marie-Anne Legault