Voir en ligne : Le Soleil : Pas si écolo, le gaz naturel
Oublions, voulez-vous, les dimensions politiques, économiques, sécuritaires et émotives (je serais le premier à souffrir du « pas-dans-ma-cour », pas besoin de m’inonder de courriels, merci), et penchons-nous sur la justification environnementale.
Le mazout lourd du secteur industriel, utilisé par l’industrie des pâtes et papiers et pour le chauffage des vieux édifices, est extrêmement polluant. Et il produit quantité de GES. Un terminal permettrait de rendre le gaz naturel plus attrayant, prétend Mme Brochu, même si le gaz est plus cher que le mazout et que les prix sont en hausse constante ces dernières années en raison de la demande mondiale.
Admettons. Chez Gaz Métro, on estime qu’on pourrait (re)convertir au gaz naturel un quart des industries québécoises. Puisque le gaz naturel émet 30 % de moins de GES que le mazout lourd, la différence serait d’environ 400 000 tonnes de GES. Si on soustrayait le terminal, qui en générerait plus de 135 000 tonnes, le reste serait un gain net au Québec. Sauf qu’on oublie d’inclure dans le calcul les GES générés par l’usine de liquéfaction du gaz et ceux liés au transport par bateau. Alors globalement, le gain est plutôt mince, pour ne pas dire nul.
Est-ce que la lutte aux changements climatiques est une raison suffisante pour construire un terminal méthanier ? À la lumière des données, la proposition résiste mal à l’analyse. D’ailleurs, selon les pro-Rabaska, la raison d’être du projet serait d’abord la sécurité énergétique du Québec. En gros, nous sommes dépendants du gaz de l’Ouest et donc du prix demandé, surtout que nous sommes au bout du gazoduc transcanadien. Fort bien. Mais on ne voit pas en quoi un terminal règle le problème de la dépendance aux combustibles fossiles : nous serons encore dans la même dynamique d’importation.
Qui plus est, André Caillé, qui préside le Conseil mondial de l’énergie, estime que le Québec n’a nul besoin de GNL pour sa consommation (le gaz naturel représente 12 % de nos besoins énergétiques). Mais le projet se justifierait dans une perspective nord-américaine de lutte aux GES s’il permettait l’abandon de centrales électriques au charbon, extrêmement polluantes en termes de pluies acides et de rejets de mercure.
Selon les promoteurs de l’autre projet québécois de GNL, celui de Gros-Cacouna, 20 % des importations serviraient au Québec, le reste serait exporté aux États-Unis. Le président de Rabaska, lui, dit que le GNL serait pour le Québec et l’Ontario. Qui croire ?
Peu importe pour le moment. Les deux projets pourraient fort bien ne jamais voir le jour. Avant la première pelletée de terre, les promoteurs devront d’abord signer un contrat d’approvisionnement, un processus extrêmement complexe et volatil dans un contexte de demande mondiale. Juste en Amérique du Nord, il y a plus de 70 projets comme ceux du Québec. Comme s’il y avait plus de convives autour de la table que le nombre de pointes de tarte et que tout le monde sautait dessus en même temps.
Aux dernières nouvelles, les deux promoteurs cherchent désespérément à conclure ce contrat qui leur permettrait de concrétiser leur projet de terminal et ils négocient avec le même fournisseur, le russe GazProm.
Si l’un des deux réussit ce tour de force, il éliminera presque assurément son concurrent. Car le réseau québécois de distribution est incapable d’absorber la quantité de gaz naturel des deux projets. Il faudrait un autre gazoduc, donc un investissement en milliards de dollars.
L’impact sur la nature serait important, malgré les aménagements proposés. Les terres agricoles vont écoper, même si l’UPA a approuvé Rabaska du bout des lèvres.
Bref, il y a encore de l’eau dans le gaz. Dans les circonstances, les promoteurs de Rabaska peuvent difficilement justifier leurs projets sur le plan environnemental, quoiqu’en dise le BAPE (même chose pour Gros-Cacouna).
Malheureusement, pour l’instant, malgré Kyoto, malgré les belles promesses de développement durable, les considérations environnementales et l’avenir de la planète sont encore trop souvent relégués au second rang par le gouvernement du Québec.