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Le Devoir

Port méthanier à Gros-Cacouna - Le Québec s’éloigne de Kyoto

vendredi 29 juin 2007, par Louis-Gilles Francoeur

En approuvant le projet de port méthanier au port de Gros-Cacouna, le gouvernement Charest annule bêtement les réductions d’émissions de gaz à effet de serre convenues cette semaine avec les trois alumineries québécoises, ce qui n’améliore en rien le bilan québécois.

Pour Équiterre, Greenpeace et la coalition Québec-Vert-Kyoto, pour une fois réunis tous les trois, l’incohérence de Québec et de sa ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, justifie une révision du décret gouvernemental d’autorisation.

Cette semaine, la ministre Beauchamp signait une entente en vertu de laquelle les alumineries québécoises réduiront leurs émissions de gaz à effet de serre de 150 000 tonnes d’ici 2012. Or le projet de Gros-Cacouna, dont la ministre Beauchamp a recommandé l’autorisation au conseil des ministres, va émettre 130 000 tonnes de GES.

« C’est à se demander, note Daniel Breton, de la coalition environnementale, comment Québec pourra mettre les bouchées doubles pour atteindre les objectifs de Kyoto si sa ministre de l’Environnement annule elle-même les gains qu’elle réalise dans d’autres dossiers. »

Par ailleurs, le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent a dénoncé cette décision qui fait fi d’une des principales recommandations des commissions fédérale et provinciale d’évaluation environnementale. Les deux commissions ont en effet insisté pour que les autorisations portant sur le port méthanier soient « conditionnelles à un examen environnemental public favorable au projet de gazoduc ». En clair, le CRE de la région accuse Québec de préjuger à des conclusions de l’audience publique qui doit évaluer le projet de gazoduc puisqu’il serait aberrant de construire un port méthanier incapable d’écouler ses réserves.

En novembre dernier, le président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), William Cosgrove, avait d’ailleurs signalé au ministre Claude Béchard que Québec n’aurait pas dû scinder le projet de port du projet de pipeline. Cette décision pourrait même, selon certains juristes, être illégale et prêter flanc à une annulation judiciaire, car la réglementation environnementale exige un examen global des facettes d’un même projet, ce que Québec n’a pas fait, tout comme dans le dossier de l’autoroute 25.

De son côté, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), un des adversaires du projet Rabaska à Lévis, s’est demandé comment Québec pourra donner suite à sa bête noire maintenant que le port de Gros-Cacouna pourra répondre aux besoins du Québec, soit quelque 500 millions de pieds cubes de gaz par jour, sans compter les sources d’approvisionnement en provenance de l’Ouest canadien. Pour le porte-parole du GIRAM, Gaston Cadrin, l’approbation de Cacouna, qui survient après que Québec eut pris connaissance du rapport du BAPE sur le projet Rabaska, pourrait indiquer que celui-ci ne verra pas le jour, d’autant plus qu’il a soulevé une polémique beaucoup plus féroce à Québec que le projet dans le Bas-Saint-Laurent.

Pour le porte-parole d’Équiterre, Hugo Séguin, l’approbation du projet de Gros-Cacouna est non seulement un mauvais choix énergétique qui va à l’encontre de la politique de réduction des gaz à effet de serre du Québec, c’est aussi une très mauvaise décision économique qui fera sortir du Québec des milliards de dollars qu’il aurait plutôt fallu investir dans des énergies renouvelables.