jeudi 26 février 2004, par Louis E. Beaulieu
RÉPONSE À PIERRE L. GAUTHIER Par Louis E. Beaulieu Président, Sambrabec inc.
Dirigeant d’une entreprise qui tente depuis 25 ans de faire reconnaître l’énergie éolienne au Québec, j’ai eu aussi à connaître et évaluer les différentes technologies de production d’électricité. Je félicite M. Pierre L. Gauthier de prendre part au débat, mais il est dommage que sa contribution ne fasse pas ressortir l’apport que Alstom a eu pour l’industrie éolienne et l’important impact que cette industrie a eu en Europe notamment.
C’est justement au nom d’une vision à long terme, que Hydro-Québec semble avoir perdu pour des raisons de "performance économique", que l’on doit aujourd’hui tirer la sonnette d’alarme. Nous sommes pris dans une logique, que Hydro-Québec tente de nous imposer, de pénurie qui nous obligerait à trouver "n’importe quelle solution" .
C’est pourtant ce manque de vision à long terme qui nous a mené là, et M. Gauthier semble en convenir. Le choix déchirant que nous avons à trancher est : devons-nous accepter une solution extrêmement dommageable alors que nous ne voyons pas chez Hydro-Québec de volonté de tirer des leçons et de développer des alternatives pourtant viables ?
Je ne peux pas parler au nom des "principaux opposants au projet du Suroît" mais il est frappant de constater que ces opposants ne sont pas nécessairement les mêmes qui se sont opposés dans le passé aux projets hydroélectriques : il s’agit aujourd’hui d’une vaste coalition de gens de différentes allégeances et idéologies. L’opposition aux projets hydroélectriques n’était pas non plus une opposition monolithique, mais comportait différentes variantes et motivations : opposition à la manière de gérer les grands projets, opposition à l’exploitation de petites centrales hydrauliques, opposition aux manque de gestion des effets de gaz de serres des grands barrages et surtout opposition aux pratiques de Hydro-Québec dans la gestion et les évaluations de sa politique de développement. En ce qui me concerne, mon opposition relevait du fait que l’option de l’éolien et de l’apport des énergies renouvelables alternatives n’a jamais été pris au sérieux par Hydro-Québec alors que nous avons un potentiel formidable.
Hydro-Québec, qui a fait notre fierté en innovant et exportant des solutions nouvelles, semble avoir perdu toute initiative en développement, alors qu’elle a sous la main d’autres "trésors" que notre "or bleu" : une expertise en éolien à l’IREQ, qui a toujours été ignorée, un moteur-roue qui serait aussi un extraordinaire générateur pour les éoliennes et autres applications, une nouvelle technologie de batterie mise au point depuis plusieurs années qui serait un apport important dans plusieurs domaines dont l’éolien.
L’opposition au Suroît veut justement dire à nos gouvernants et à Hydro-Québec que nous ne sommes pas "obligés de construire au gaz aujourd’hui" : une centrale éolienne peut se construire en 3 ans et l’efficacité énergétique est une priorité. Il n’est pas exact de ne la relier qu’au prix : un effort demandé à la population et aux entreprises par Hydro-Québec, appuyé par un budget conséquent, pour permettre le temps au développement clairement annoncé et planifié dans des énergies acceptables permettrait de passer le creux que Hydro-Québec anticipe d’ici 2010.