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Y a-t-il des habitants dans cette ville ?

samedi 31 janvier 2004, par Audrey Lemieux


Superbe.

Indiciblement superbe, vous savez, cette fumée qui s’échappe des cheminées de l’Alcan et de la PPG. On investit dans la beauté, ces temps-ci, paraît-il. On veut ajouter de nouvelles cheminées, de nouvelles colonnes de fumée à Beauharnois. Or, contrairement à la légende urbaine, la fumée ne serait pas innocente. Vous savez, ces trucs dont on parle parfois, « les gaz à effet de serre »...

La valeur des expectorations de 600.000 nouvelles voitures sur les routes du Québec, ce n’est pas rien. C’est suffisant, à tout le moins, pour détruire à long terme tout l’écosystème de la région. Avis à ceux qui voudraient bien prétendre le contraire : vous et moi faisons partie intégrante de cet écosystème.

Il est des erreurs dont on peut difficilement prévoir l’étendue. Mais il n’y a de pires erreurs que celles que nous aurions pu sciemment éviter. La construction d’une centrale thermique à Beauharnois n’est pas une bonne idée. On aura beau nous faire gober tout ce que l’on voudra, la construction de cette centrale n’est pas une simple initiative pour pallier une future pénurie d’énergie au Québec. L’enjeu est beaucoup plus économique qu’il ne voudrait le laisser croire. Des emplois pour quelques temps, peut-être. Avec beaucoup, beaucoup de chance, une re-prospérité éphémère à Beauharnois. Mais à quel prix ?

Lorsque les gens se rendront compte que, par l’action des gaz à effets de serre et, incidemment, par le réchauffement climatique, des quantités d’insectes nuisibles prolifèrent dans des espaces forestiers et agricoles où ils n’avaient jamais été aperçus auparavant et que, pour contrer l’action de ces parasites, nous devrons utiliser encore et encore une multitude de pesticides et d’insecticides, peut-être réaliseront-ils...

Lorsqu’ils constateront que la grande majorité de la population beauharlinoise se meurt du cancer, peut-être se rendront-ils compte...

Mais il n’est pas trop tard... Il existe d’autres possibilités, d’autres solutions dont traitent les journaux ces temps-ci, à commencer par la conscientisation...

Ou alors, peut-être faudra-t-il se rendre jusqu’à l’évidence d’un drame pour comprendre que la qualité de l’air que nous respirons n’est pas sans impact sur la santé et la vie humaine. Il suffit de se remémorer la terrible histoire du Grand Smog de Londres (Great London Smog), en 1952, au cours duquel environ 4.000 personnes avaient succombé à une augmentation excessive de la pollution atmosphérique. Vous imaginez : un millier de morts de plus que lors de la tragédie du World Trade Center, et pourtant, on n’évoque jamais l’anniversaire du Grand Smog...

Audrey Lemieux, Beauharnois